Devant le Parlement d’Athènes, en avril 2012, un pharmacien de soixante-dix-sept ans se donne la mort. Pour expliquer son geste, il laisse une lettre dans laquelle il témoigne de l’impasse dans laquelle il se trouve : sa retraite est devenue misérable. Il ne veut pas se retrouver à faire les poubelles pour manger.

Le 15février dernier, après l’annonce par le gouvernement grec de la fermeture de l’organisme public de logement qui l’emploie, une mère de famille de quarante-sept ans menace pendant plusieurs heures de sauter du troisième étage.
Le nombre des suicides a explosé en Grèce, augmentant de plus de 24% chez les hommes entre 2007 et 2009 et de 40% depuis.

En Italie, selon une étude de l’Association de recherches économiques et sociales, la crise économique est à l’origine d’un suicide par jour dans le pays. Parmi les chômeurs, les suicides auraient augmenté de plus de 30% en 2010. On retrouve sensiblement les mêmes chiffres en Irlande, où la hausse a atteint 26% chez les hommes entre 2007 et 2009. Idem en Espagne, touchée par une vague de suicides liée au surendettement et aux expulsions (500000 depuis 2008).

La France n’est pas épargnée (lire interview ci-contre). Le 14février dernier, un chômeur en fin de droits se suicide devant l’antenne Pôle emploi de Nantes-Est dont il dépend, à la suite du rejet de son dossier d’indemnisation. Quelques mois auparavant, un autre demandeur d’emploi de cinquante et un ans s’immolait devant une agence de la Caisse d’allocations familiales de Mantes-la-Jolie après avoir appris qu’il ne toucherait plus le Rsa.

Crise, plans d’austérité et chômage auraient-ils des répercussions sur la montée du suicide ? Dans un rapport consacré à l’Europe et à la crise, l’Organisation mondiale de la santé le confirme : «Une hausse du chômage de plus de 3% dans un temps relativement court est associée à une augmentation d’environ 5% du taux de suicides et des blessures auto-infligées.»

Mais outre les suicides, conséquence la plus dramatique de la crise, le mal-être et la dépression touchent aussi de plus en plus d’Européens. D’après une enquête menée au Royaume-Uni par l’organisation caritative pour la santé mentale Mind, les consultations des salariés ont augmenté de 10%, 7% d’entre eux ont commencé un traitement contre la dépression et 5% sont suivis parce qu’ils souffrent de stress et de difficultés psychiques causés directement par les pressions provoquées par la crise dans leur travail. Selon Mind, les résultats de cette enquête corroborent les statistiques du gouvernement britannique attestant une hausse sans précédent des ordonnances d’antidépresseurs dans tout le pays, le chiffre record de 39,1millions ayant été enregistré en 2009, contre 35,9millions en 2008.

La crise a probablement des répercussions sur la santé mentale des populations de tous les pays qui la subissent, avec des conséquences immenses sur tous les systèmes de sécurité sociale, entraînant une diminution des cotisations et une augmentation des dépenses. Selon un psychologue du King’s College, à Londres, ce coût s’élèverait à près de 19milliards par an, soit environ 1% du Pnb du Royaume-Uni.