Serge Jacquet, président de la Mutuelle de France-Sud.

Comment se positionne la Mutuelle de France-Sud face aux
questions de la souffrance au travail ?

La Mutuelle de France-Sud a décidé
de prendre en compte cette problématique dans
son action quotidienne d’information, d’orientation
et d’accompagnement de ses adhérents. Elle considère comme un atout maître la relation de proximité qu’elle
a tissée avec eux. Ces liens privilégiés permettent
aux adhérents, en contrat individuel ou collectif, de venir nous voir lorsqu’ils sont en situation de souffrance.
Cela dit, notre mutuelle n’a pas l’ambition de résoudre
à elle seule cette problématique générale : nous
pouvons être un accompagnant qui aide à faire émerger
des réponses collectives construites avec d’autres
acteurs, un lien facilitateur de dialogue, un médiateur
qui impulse de manière originale des idées et des solutions sur un sujet qui peut être conflictuel dans l’entreprise.

Jean-Paul Benoit, vice-président de la Fédération des mutuelles de France (Fmf) et président de la Mutualité française Paca.

Quelles réponses la mutualité peut-elle apporter en matière de santé
au travail dans un contexte
de hausse constante des risques psychosociaux ?

La mutualité a joué un rôle essentiel dans la mise en évidence et la prise en charge de problèmes de santé professionnels, comme l’amiante. Parce qu’elle n’est pas une assurance,
qu’elle développe la prévention et propose des solutions concrètes à l’accès aux soins de qualité avec ses services
de soins et d’accompagnement mutualistes (Ssam), la mutualité peut apporter des réponses spécifiques. Aujourd’hui, elle
s’emploie à remédier aux risques de troubles psychosociaux, comme le montre le colloque organisé par la Mutuelle
de France-Sud. La Fmf, avec la Mutuelle souffrance et travail,
a fait de ces questions l’un des axes majeurs de son activité
de prévention sur le territoire national. La Mutualité française Paca, que je préside, conduit un programme européen sur
la prévention des risques psychosociaux dans les établissements
de soins et une action sur les troubles musculo-squelettiques.

Frank Martini, psychosociologue du travail et directeur de publication de la revue les Cahiers des risques psychosociaux.

Depuis quelques années, la santé psychologique au travail fait
l’objet d’études, de recherches,
d’actions de prévention. Constatez-vous, sur le terrain,
une meilleure prise en compte du bien-être des salariés ?

Il est difficile de dégager des évolutions homogènes,
tant les différences sont importantes selon les secteurs,
les entreprises. Mais il est manifeste qu’une préoccupation relative à la santé et à la qualité de vie au travail tend
à s’affirmer. Il est peut-être trop tôt pour apprécier sa portée réelle. Certaines formes de management butent sur leurs conséquences : absentéisme, accidents… Dès lors, on assiste
à une sorte de « retour du réel » : il n’est pas possible
d’aller vers toujours plus d’intensification, d’individualisation.
A travers la prévention, on peut espérer que d’autres
modèles d’organisation vont, enfin, émerger. Cela semble correspondre aussi à une ré-interrogation des modes
de management au sein de diverses grandes entreprises.