Eradiquer le sida n’est plus une utopie. C’est du moins ce qu’affirmaient en juillet dernier, à Washington, experts et responsables politiques, à l’occasion de la 19e conférence mondiale sur le sida. Mais d’ici à sa disparition totale, le chemin est encore long.

Moins de contaminations mais…

En France, 7000 personnes sont infectées par le Vih chaque année. Les contaminations par transfusion sanguine ont disparu et celles par le partage de seringues pour l’injection de drogue ont fortement diminué. En revanche, elles augmentent chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, qui ont un risque 200 fois plus élevé que les hétérosexuels – chez qui les contaminations sont stables – de contracter le virus. Dans le monde, chaque minute une femme est contaminée, et le sida est la première cause de décès chez celles qui sont en âge de se reproduire. Les infections de la mère à l’enfant sont toutefois aujourd’hui quasi nulles si la femme est sous traitement et n’allaite pas. 97% des nouvelles infections ont lieu dans les pays en développement.

Favoriser le recours au dépistage

Le fait que la moitié des personnes vivant avec le Vih ne le sachent pas représente un obstacle de taille au traitement à grande échelle et limite les avantages du traitement préventif», soulignait l’Onusida dans un rapport publié en juillet. En France, l’activité de dépistage a augmenté entre 2003 et 2005, pour atteindre 5,29millions de -sérologies par an, mais elle s’est stabilisée -autour de 5millions depuis 2006. Et parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2010, un tiers avaient un sida déclaré. Afin d’inciter au dépistage, les pays tentent d’en simplifier les méthodes. Les Etats-Unis ont ainsi autorisé l’été dernier un test salivaire à -domicile. Rien de mieux, disent les défenseurs du concept, pour un dépistage rapide, et ainsi installer un suivi médical précoce. Mais ce test ne permet de détecter une infection par le Vih que dans 92% des cas – voire 86%, selon une étude française –, et découvrir sa séropositivité seul chez soi peut être particulièrement dur à vivre.

De nouvelles pistes de prévention

Malgré les nombreuses campagnes d’information, l’épidémie persiste. D’où l’exploration par les scientifiques de nouvelles pistes de prévention, au premier rang desquelles l’utilisation d’antirétroviraux (Arv). L’été dernier, les Etats-Unis ont ainsi autorisé le Truvada en usage préventif. Cet Arv est censé réduire les risques de contamination chez des séronégatifs ayant des pratiques sexuelles à risque. Si le Truvada est pris tous les jours, il est efficace à 90%. Mais la prise quotidienne d’un médicament par une personne qui n’est pas malade est loin d’être simple à respecter… L’essai clinique Iprex a montré que la prise préventive d’Arv chez des homosexuels masculins et trans non infectés ne réduisait le risque que de 44%.

En France, on en est au stade du test, avec l’essai Ipergay, mené par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales, chez les hommes homosexuels. Autre piste de prévention explorée par les chercheurs : la circoncision. En effet, une étude réalisée en Afrique du Sud entre 2007 et 2010 a montré qu’il y a moitié moins de contaminations par le Vih chez les circoncis que chez les non-circoncis. L’Organisation mondiale de la santé et l’Onusida recommandent d’ailleurs cette opération dans les communautés où les risques de contamination sont très élevés.

Des études porteuses d’espoir

Chez certaines personnes, appelées « contrôleurs du Vih », la progression du virus dans le sang est naturellement bloquée, et elles ne développent jamais le sida. Les chercheurs ont l’espoir de comprendre les mécanismes d’une telle résistance afin de pouvoir la recréer. En France, une étude est menée auprès de 15 patients, qui ont été placés sous Arv très rapidement après leur infection (dix semaines en moyenne) et ont interrompu leur traitement au bout d’un peu moins de trois ans. Le fait d’avoir bénéficié d’Arv de façon précoce a permis à leurs organismes, une fois le traitement arrêté, de continuer à maîtriser tout seuls l’infection en maintenant la charge virale à un niveau très bas. Une étude menée en Suisse a par ailleurs constaté que des personnes séropositives sous Arv depuis plus de six mois ont une charge virale tellement basse qu’ils ne transmettent plus le virus à leur partenaire. Autrement dit, si les malades suivent strictement leur traitement, ils peuvent stopper la propagation de la maladie…

La piste tant espérée d’un vaccin est toujours à l’étude. Un essai clinique mené en Thaïlande en 2009 auprès de 16000 adultes a montré que 31,2% de ceux qui ont reçu un vaccin avaient nettement moins de risques d’être infectés que ceux ayant reçu un placebo. Un taux bien trop faible pour constituer une victoire, mais qui représente malgré tout un espoir.

Un meilleur accès aux traitements

A la fin 2011, plus de 8millions de personnes séropositives prenaient des Arv dans les pays en développement, où vivent 90% des malades. Soit 26 fois plus qu’en 2003. Pour la première fois, il y a plus de personnes sous traitement que de personnes n’en bénéficiant pas, même si l’accès aux Arv reste compliqué dans beaucoup de pays. Si elle a prouvé son efficacité, la prise d’Arv reste toutefois contraignante et coûteuse. Depuis près de dix ans, une équipe de chercheurs de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) teste donc un allégement du traitement : après l’avoir pris quotidiennement pendant six mois, les patients passent à quatre fois par semaine seulement. Les résultats sont pour l’heure satisfaisants puisqu’on ne constate pas d’échappement virologique. Mais d’autres essais devront être réalisés sur un échantillon de patients plus important pour valider l’expérience.

Vivre avec le sida

Les antirétroviraux permettent de réduire la quantité de virus dans le corps, et donc de freiner la destruction du système immunitaire. Mais ils provoquent aussi des effets indésirables puisqu’ils favorisent les troubles thyroïdiens et le diabète de type 2 (les personnes sous trithérapie ont trois fois plus de risques de développer cette maladie que les autres). Par ailleurs, les personnes séropositives ont de 20 à 30 fois plus de risques que les personnes non infectées d’avoir la tuberculose et sont plus sujettes à des cancers et à des accidents vasculaires.

Vih, sida : à ne pas confondre

Le virus de l’immunodéficience humaine (Vih) affaiblit le système immunitaire, rendant l’organisme de plus en plus vulnérable à des maladies dites opportunistes, telles que la tuberculose ou la toxoplasmose. Lorsqu’une personne développe ce type de maladie, on dit qu’elle a le syndrome d’immunodéficience acquise (sida). Il faut en moyenne une dizaine d’années à un porteur du Vih ne prenant pas de traitement antiviral pour développer le sida.

34 millions de personnes vivaient avec le Vih dans le monde en 2011, contre 29millions en 2001. Une différence qui n’est pas liée à l’augmentation de la contamination, mais à celle de l’espérance de vie grâce aux traitements.

1,7 million de décès liés au sida en 2011, contre 1,9million en 2001.

2,5 millions de personnes ont été infectées en 2011, contre 3,3millions en 2001.

En 2010, près de 68% des personnes vivant avec le Vih résidaient en Afrique subsaharienne, une région qui ne représente que 12% de la population mondiale.
(Chiffres Onusida.)

150 000 personnes vivent avec le Vih en France, dont un tiers l’ignorent.
(Chiffres Institut national de veille sanitaire.)