Sida : beaucoup moins de contaminations grâce à un médicament préventif

Selon un essai mené par l’Anrs, Truvada, un antirétroviral, pris en préventif lors d’un rapport sexuel, réduit de 80% le risque de se faire contaminer par le Vih.

« C’est une avancée majeure dans la lutte contre le Vih. Les résultats d’Ipergay devraient faire évoluer les recommandations nationales et internationales en matière de prévention contre le Vih». Le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) a de bonnes raisons de se réjouir : le Truvada®, un antirétroviral, testé actuellement en France dans le cadre de l’essai clinique, mené par l’ANRS montre un tournant dans la prévention et la lutte contre le sida. 

Plus précisément, l’essai Ipergay montre que l’on peut réduire les risques d’infection par le VIH de 80 %, soit presque deux fois plus que l’essai IPREX mené en Grande Bretagne et dont la protection a été évaluée à 42 %.

6000 nouvelles contaminations chaque année

Plus de 6 000 personnes découvrent chaque année leur séropositivité pour le Vih en France. 42 % des nouveaux cas de contaminations concerne les homosexuels. Depuis quelques années, plusieurs équipes de recherche dans le monde se lancent sur une nouvelle piste originale, celle de réduire le risque d’infection par le Vih en utilisant des antirétroviraux.

Lancé en 2012 auprès de 400 volontaires homosexuels, l’essai français se distingue encore des autres études internationales par une offre « à la demande », autrement dit, la personne n’a pas besoin de prendre ce traitement en continu mais uniquement au moment d’une exposition à risques, avant et après un rapport sexuel.

Au début, les participants ont été répartis par tirage au sort dans deux groupes : l’un reçevait l’antirétroviral, le Truvada®, l’autre son placebo. Les comprimés étaient pris au moment des rapports sexuels. Comme pour tout essai visant à tester les effets réels d’un nouveau traitement, l’étude était menée en double aveugle (ni les participants ni les médecins ne connaissent le traitement reçu).

Coordonnée par le Pr Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Louis, à Paris, l’étude s’accompagne d’un ensemble d’autres mesures préventives : conseils personnalisés et rapprochés de prévention, dépistages répétés du VIH, dépistage et traitement des autres infections sexuellement transmissibles, vaccination contre l’hépatite B, distribution de préservatifs et de gel….

Le préservatif reste un outil de prévention indispensable

Mais le principe d’étude menée en « double aveugle » a fait polémique, plusieurs associations et médecins dénonçant le risque d’augmentation de l’exposition au Vih pour les volontaires recevant le placebo.

De plus, en regardant le nombre de cas d’infections au Vih dans le groupe prenant le véritable Truvada et dans celui prenant le placebo, la différence était si importante, que l’ANRS a depuis décidé de permettre à tous les participants de bénéficier du traitement par Truvada.

Les résultats complets de l’essai ANRS Ipergay devraient être disponibles début 2015. Pour les chercheurs, il est en effet important de s’assurer du maintien du bénéfice du traitement  « à la demande » sur le long terme et d’en apprécier également la tolérance.

De plus, pour le Pr Jean-Michel Molina, « l’efficacité observée ne doit néanmoins pas faire oublier que le préservatif reste la pierre angulaire de la prévention. C’est en additionnant tous les outils de prévention qui auront fait leur preuve que nous serons en mesure de contrôler efficacement l’épidémie du VIH/sida ».