Sécurité des patients : "Il faut des mesures concrètes"

A l’occasion des 4es états généraux des infections nosocomiales et de la sécurité du patient, organisés à Paris les 14 et 15 février par l’Association de défense des victimes d’infections nosocomiales Le Lien, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a présenté le premier programme national pour la sécurité des patients. « Il ne s’agit pas d’opposer les professionnels et les malades, a déclaré la ministre. Mais la qualité des soins et la sécurité des patients sont indissociables. C’est un double défi à relever ».
Réaction d’Alain-Michel Ceretti, fondateur du Lien :

« Il faut des mesures concrètes »


Que pensez-vous du programme pour la sécurité des patients qui vient d’être annoncé ?
Le Lien a participé à son élaboration depuis un an donc je suis content qu’on aboutisse à quelque chose, heureusement. C’est un pas en avant. Les quatre axes qui ont été donnés étaient attendus mais je suis un peu frustré car il n’y a pas de contenu. Le discours de la ministre de la Santé marque une volonté politique d’avancer et de considérer la sécurité du patient comme une priorité. Maintenant, il faut des mesures concrètes. Nous ne voulons pas de « sécurité papier », autrement dit de belles paroles impossibles à mettre en ouvre et inefficaces qui donnent aux décideurs le sentiment d’avoir fait quelque chose et au grand public l’illusion qu’il se passe quelque chose. On sera donc très vigilant sur les mesures qui seront prises, en espérant qu’elles soient à la hauteur des besoins.
S’il y avait une mesure à prendre d’urgence, ce serait laquelle ?
Il y en a deux. La première est la suppression des indicateurs par hôpital au profit d’indicateurs par service. Une maman qui fait opérer son fils de l’appendicite dans un CHU de 2000 lits, ce qu’elle veut savoir d’abord, c’est ce qui se passe en chirurgie digestive et non pas le tableau de bord des infections nosocomiales de l’ensemble de l’hôpital, même s’il est parfait. Si mon père se fait poser une prothèse de hanche, c’est le taux d’infections nosocomiales en orthopédie qui m’intéresse. Notre grande difficulté est de mobiliser les médecins sur ce sujet. Quand on aura des indicateurs par service, c’est au chef de service qu’on demandera des comptes, aujourd’hui, c’est au directeur de l’hôpital. Or, ce dernier a peu ou pas d’influence sur le médecin. Pour le toucher directement, ill faut mettre en place des indicateurs de qualité des soins et de sécurité au pied du lit des malades.
Quelle est la deuxième mesure ?
Il faut instaurer un système de remontée d’informations directement dans les établissements. Le Lien propose la création, dans chaque hôpital, d’une ligne directe qui permette au malade qui constate un dysfonctionnement, un problème d’hygiène ou encore une aération qui envoie de la poussière… de le signaler immédiatement. Aujourd’hui, les usagers qui sont victimes d’un laisser-aller ou autre problème n’osent pas forcément en parler aux professionnels car ils ont peur, souvent, d’en subir les conséquences. Il faut donc instituer un numéro qu’ils puissent appeler facilement Soit un interlocuteur les écoutera directement, soit leur message sera enregistré. L’idée est que l’établissement réponde obligatoirement dans les 24 h. Il n’y a que comme cela que les choses changeront. Actuellement, il est pratiquement impossible de faire remonter les informations ou alors on demande aux professionnels de le faire. C’est bien mais si ce sont les usagers et les malades qui le font, c’est encore mieux.

Le programme repose sur quatre grands axes :
-un partenariat renforcé entre le patient et le soignant basé notamment sur une plus grande information du malade et sur une meilleure participation des représentants des usagers à la politique de santé.
-l’amélioration de la prise en compte des évènements indésirables liés aux soins et la possibilité pour le malade de signaler facilement une anomalie.
-le développement d’une culture de la sécurité visant à renforcer la formation des médecins pour mieux sélectionner leurs pratiques et réduire les actes inutiles, et à valoriser le « retour d’expériences » entre professionnels.
-une participation accrue de la recherche sur la sécurité des soins.