Le Canard enchaîné l’avait déjà annoncé : vendredi 17 mai, la mise en examen de Martine Aubry « pour homicides et blessures involontaires » dans le scandale de l’amiante a été annulée par la cour d’appel de Paris.

Les mises en examen de huit autres personnes (des fonctionnaires et des scientifiques) sont également passées à la trappe.

L’Andeva, l’association des victimes de l’amiante, qui dénonce un « scandale de plus » et un « déni de justice » et qui déplore « la perte de temps supplémentaire que cette péripétie va encore entraîner, alors que les premières plaintes ont été déposées il y a dix-sept ans », a décidé de se pourvoir en cassation. Elle estime que l’arrêt rendu « glorifie » l’action du Comité permanent amiante (Cpa), un organisme mis en place par les industriels pour faire du lobbying auprès des pouvoirs publics afin de défendre « l’usage contrôlé » de l’amiante et retarder son interdiction.

Pour l’Andeva, le Cpa a servi à « tromper l’opinion publique et les décideurs sur la réalité des dangers de l’amiante ».

Martine Aubry avait été mise en examen à l’automne dernier par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy pour n’avoir pas pris, entre 1984 et 1987, alors qu’elle était ministre du Travail, les mesures qui auraient pu empêcher l’exposition des salariés à l’amiante.

En 2005, un rapport du Sénat dénonçait la « gestion défaillante » de l’Etat dans cette affaire.

Selon l’association Travail-Santé-Environnement Henri-Pézerat, la cour d’appel n’aurait pas identifié de « lien entre la mort de dizaines de milliers de victimes, ouvrières pour la plupart, et l’activité du Comité permanent amiante dans lequel le ministère du Travail était représenté ès qualités. Or, cette activité a consisté à empêcher toute avancée réglementaire en matière d’amiante, en France et en Europe, du début des années 1980 à l’émergence du mouvement social des victimes et à l’interdiction en 1996 ».

« A qui fera-t-on croire que les fonctionnaires ne disposent d’aucun pouvoir réglementaire ? », s’interroge Annie Thébaud-Mony, présidente de l’association Henri-Pézerat et porte-parole de Ban Asbestos France. Et le communiqué d’ajouter : « L’Etat n’est pas impuissant lorsqu’il s’agit de protéger le patrimoine des puissants. Le serait-il donc dès lors qu’il s’agit de la santé et de la vie des ouvriers, eux dont le travail a fait la fortune des producteurs d’amiante ? »

En Italie, le procès pénal de l’amiante a eu lieu à Turin en février 2012. Deux des principaux dirigeants de l’entreprise Eternit ont été condamnés à seize ans de prison. En France, les victimes attendent toujours.

On estime que l’amiante est responsable de 10 à 20 % des cancers du poumon et qu’elle pourrait tuer 100 000 personnes d’ici à 2025. On savait que cette substance était dangereuse depuis le début du XXe siècle et cancérigène depuis les années 1950.