Au moment où en France, le gouvernement s’interroge sur comment financer sa protection sociale et réorganiser son système de soins, les équipes de Viva ont cherché à savoir comment font nos voisins européens….

Cette semaine : la Grande Bretagne.

Comment ça marche ?

Un grand service public

Le National Health Service (Nhs) [fn]Le Nhs du berceau au tombeau
Le Nhs est le symbole du Welfare State «l’Etat providence». Il a été mis en place en 1948 par le gouvernement travailliste de l’après-guerre et s’appuyant sur le rapport de l’économiste et universitaire William Beveridge qui préconise une couverture sociale et médicale pour tous les citoyens from the cradle to the grave, du berceau au tombeau.[/fn] est un service public d’Etat ouvert à tous.

Les médecins (mais aussi dentistes, ophtalmologistes et pharmaciens -pour la part des médicaments prescrits sur ordonnance-) sont rémunérés par l’Etat. Chaque britannique s’inscrit chez un médecin généraliste (General Practitioner ou GP) qui oriente, si besoin est, le patient vers les spécialistes ou vers l’hôpital. Sauf urgence, ces derniers ne sont pas en accès direct.

Jusqu’en 1990, les hôpitaux anglais étaient publics. Margaret Thatcher, les a décentralisé en créant des NHS trusts régionaux, autonomes financièrement. Les autorités régionales (pour leurs administrés) et les cabinets médicaux (pour leurs patients) achètent des packages de soins hospitaliers à ces trusts et les mettent en concurrence.

Qui finance ?

En Angleterre pas de trou de la Sécu.

Le NHS est financé à 85 % par l’impôt et provient du budget général de l’Etat (comme l’Education nationale en France), et non, comme en France, d’un budget autonome (Cnam) qui doit s’équilibrer. Les 15 % restants émanent de la contribution des patients pour les soins dentaires ou oculaires, ou des assurances privées.

Les Points forts ?

– Des soins gratuits… ou presque.

Les Anglais sont très attachés à leur service national de santé au sein duquel tous les soins sont gratuits aussi bien en ville, qu’à l’hôpital. Les patients ne font pas d’avance de frais.

Ils doivent cependant s’acquitter d’une participation pour les médicaments (9,50 euros par ordonnance) l’ophtalmologie (23 euros) les soins dentaires (21 euros), les extractions ou les plombages (60 euros) les couronnes, dentiers ou bridge (258 euros). Le taux de prise en charge de la santé par l’Etat est l’un des meilleurs d’Europe.

– Les plus fragiles bien protégés.

Les médicaments et les soins dentaires sont gratuits pour les personnes âgées de plus de 60 ans, les handicapés, les femmes enceintes, certains malades (diabètes, cancers…) ou bénéficiaires des minimas sociaux. De même, il existe des bons d’aide pour l’achat de lunettes ou de lentilles. Les malades chroniques qui prennent des médicaments régulièrement et fréquemment, peuvent acquiter d’un forfait annuel d’une centaine d’euros qui les dispense de la participation forfaitaire pour chaque ordonnance.

Des médecins «plus vertueux»

Les médecins britanniques n’ont pas le droit de s’installer dans des zones à forte densité médicale et il existe des incitations financières pour les orienter vers des zones à faible densité. Ils ne sont pas payés à l’acte. Ils n’ont donc aucune raison d’encourager la consommation de soins. Pour les médicaments, les médecins sont aussi « sous contrôle».

La moyenne des prescriptions est calculée par généraliste. En cas de dépassements trop élevés, une enquête du Nhs peut être déclenchée. A l’inverse, en cas de dépenses inférieures à la moyenne, un pourcentage d’intéressement est restitué au médecin. 80 % des médicaments prescrits sont des génériques.

Des centres de soins primaires

Le Royaume-uni encourage la création de groupements de soins primaires associant généralistes, infirmières, assistantes sociales.

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Les points faibles ?

Trop d’attente.

La densité médicale britannique est la plus faible d’Europe. Il faut compter parfois plus d’un an avant de pouvoir consulter un spécialiste. Une situation si intenable que durant des années des milliers de britanniques se sont rendus à l’étranger, notamment en France, pour pouvoir être opérés.

Avec l’arrivée de Tony Blair au pouvoir, en 1997, des milliards de livres ont été investis pour tenter d’améliorer un service de soins très en retard sur ses voisins. Mais si la situation s’améliore, elle reste tendue. Et les accidents liés aux dysfonctionnement du Nhs font encore trop souvent les choux gras des journaux britanniques.

Une médecine à deux vitesses

12 % de la population, a recours à la Private medical Insurance (Pmi) assurances privée qui les dispensent des délais d’attente pour consulter un spécialiste et pour l’admission à l’hôpital au sein des private wing (secteur privé à l’hôpital) avec de meilleurs prestations (chambres seules…).

La Grande-Bretagne connaît donc une médecine à deux vitesses. D’un coté un Nhs public de qualité mais saturé, de l’autre un secteur privé réservé à ceux qui peuvent en acquitter les frais.

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Hôpitaux : les malades évacués dans la nuit

8 000 patients hospitalisés seraient chaque semaine évacués entre 23 heures et 6 heures du matin, afin de libérer des lits, selon une enquête du Times portant sur 170 groupes hospitaliers. Parmi elles, de nombreuses personnes âgées isolées. Des chiffres accablants qui ont déclenché une enquête de la direction du Nhs.

1 COMMENTAIRE

  1. Cet article permet de découvrir un peu mieux le système de santé du Royaume Uni.
    Le rationnement de l’offre de soin est l’un des inconvénients des systèmes de santé dit de Beveridge comme je l’avais évoqué dans un article.

    Corinne
    http://www.corinne-gobert.com

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