Romain Dufau : la motivation

Romain Dufau, trente-quatre ans, est médecin urgentiste à l’hôpital Avicenne à Bobigny.
Un livre sur le corps humain offert par sa mère quand il était en sixième a suffi à lui donner le goût pour “ la machinerie humaine” . Son “angoisse” d’avoir une vie ennuyeuse a fait le reste : Romain Dufau est devenu urgentiste et travaille à Avicenne, un hôpital universitaire de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Installé à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, cet établissement accueille de nombreux patients étrangers, qui maîtrisent mal le français et le fonctionnement du système de soins. Et puisque le département manque de généralistes, les habitants ont tendance à venir directement se soigner aux urgences, une fois leur situation déjà bien dégradée.
Résultat, ils présentent des cas plus complexes, donc “plus intéressants” pour le jeune urgentiste : “On les hospitalise plus, on fait plus de bilans. Ce n’est pas possible en ambulatoire, car c’est difficile de se faire comprendre. Et ce serait trop risqué de les laisser sortir de l’hôpital, étant donné qu’il n’y aurait pas de suivi.”  Pour avoir exercé dans des hôpitaux parisiens où “la bobologie” est selon lui plus fréquente et les patients mieux informés, il se sent plus utile à Avicenne : “J’ai vraiment l’impression d’être là pour eux. Ils ne savent pas où aller, donc on a un vrai rôle à jouer de diagnostic, d’orientation et d’éducation à la santé. ”
Loin du découragement qui frappe nombre de praticiens hospitaliers, Romain Dufau respire la passion et la motivation. Pour autant, il n’ignore rien des difficultés des urgences. A Avicenne comme ailleurs, le problème majeur est le manque de lits dans les services d’aval (médecine interne, neurologie, cardiologie, etc.). Afin d’éviter que les patients des urgences ne se retrouvent alignés dans les couloirs en attente d’une place, le supérieur de Romain Dufau a institué il y a deux ans une réunion entre médecins urgentistes et chefs de service : chaque matin, ils font le point sur les besoins en lits, ce qui pousse notamment les chefs de service à ne pas garder inutilement des patients.
“Un endroit où on fait bouger les choses”
Pour pouvoir s’occuper de ses 40 à 50 patients quotidiens, il travaille en moyenne 60 heures par semaine (76 pendant les vacances de Noël). Il est pourtant censé en faire 49. “Ce que permet le secteur public ne serait jamais admis dans le privé : vous n’avez pas le droit de prendre vos Rtt, elles ne vous seront pas payées et vous ne pourrez pas aller aux prud’hommes” , lâche-t-il. Lui-même n’a jamais pris de Rtt, mais cela ne lui pose pas de problème. “Je fais un peu don de ma vie, mes gamins je ne les vois pas trop, reconnaît-il. Mais c’est un choix éclairé, je savais très bien que ce serait comme ça. Et puis j’aime bien les gardes, la vie de l’hôpital la nuit, il y a une vraie vie de groupe, d’équipe. Ce serait mentir de dire que je serais mieux chez moi. ”
S’il estime n’avoir “pas besoin de beaucoup plus de repos”, il reconnaît que son métier est fatigant. Pour autant, “on n’est pas à la mine, à faire du soin, du soin, du soin. L’activité est usante, donc on est obligés de faire des trucs à côté”, juge-t-il.
Le fait d’exercer en Chu représente donc pour lui un atout énorme, puisqu’il fait également de la recherche en laboratoire et donne des cours à des étudiants. “C’est agréable d’être à l’endroit où on fait bouger les choses”, sourit-il.

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