Résidence alternée, pour ou contre ?

Les avis sont partagés sur ce mode de garde mis en place en 2002 pour que les enfants de divorcés puissent vivre avec leurs deux parents.
Hugo a quatorze ans, deux maisons, deux chambres, deux garde-robes. Il vit une semaine chez son père, une semaine chez sa mère. « Et, dit-il, j’aime bien. Je suis habitué comme ça. » Bien sûr, il y a parfois des ratés… Les baskets laissées chez maman le jour du match de hand ou le cahier de maths perdu entre les deux maisons. « Mais, assure-t-il, avec un peu d’organisation, je m’en sors. »

La résidence alternée a été adoptée le 21 février 2002 dans le cadre de la loi sur la réforme de l’autorité parentale. La volonté des législateurs était claire : permettre à l’enfant de pouvoir vivre auprès de ses deux parents, principe énoncé dans l’article 9 de la Convention internationale des droits de l’enfant, restaurer la place du père et favoriser une vraie coparentalité.

Huit ans plus tard, où en est-on ? Eh bien, pas très loin. Avant la réforme de 2002, les enfants étaient confiés à leur mère dans 85 % des cas, et la moitié ne voyaient plus jamais leur père cinq ans après la séparation des parents.

Les choses ont peu évolué. Les mères ont encore, dans 90 % des cas, la garde des enfants de moins de 6 ans, 85 % ensuite… Et, selon des statistiques de l’Insee de 2008*, 40 % des enfants de parents séparés ne voient pas leur père, ou très rarement (22 % quelques fois par an, 18 % jamais).

Quant à la résidence alternée, elle n’est appliquée que pour 13 % des enfants. Il semblerait donc que cette formule ne soit, dans une majorité de cas, qu’un mode d’organisation supplémentaire pour des parents séparés à l’amiable et déjà très investis auprès de leurs enfants. Lorsque le divorce se passe mal et que ce mode de garde a été malgré tout décidé par le juge, son application peut se révéler dramatique.

Contre : Claire Brisset, médiatrice de la Ville de Paris, défenseure des enfants de 2000 à 2006.

Pour moi, la résidence alternée n’est pas une bonne formule. Un enfant a besoin de stabilité, de repères. Il n’est pas bon qu’il soit « trimballé » constamment entre deux maisons. Voilà pourquoi je suis fortement opposée à ce système, au moins tant que l’enfant n’est pas en capacité de comprendre ce mode d’organisation, c’est-à-dire au moins jusqu’en primaire.

Pour que la résidence alternée fonctionne, il est impératif que
les parents s’entendent, qu’il n’y ait pas de guéguerre entre eux, qu’ils se comportent de manière assez adulte pour sauvegarder l’intérêt
de l’enfant, et surtout qu’ils habitent assez près l’un de l’autre pour que l’école soit accessible pour l’enfant… Des conditions qui sont rarement réunies.

C’est au juge aux affaires familiales de bien déterminer si la résidence alternée est souhaitable ou pas. Malheureusement les juges n’ont pas le temps d’aller au fond d’un dossier… Lors d’une procédure de divorce, ils ont beaucoup d’autres problèmes à régler, en particulier des éléments matériels et techniques, comme le montant de la pension.

Enfin, s’ils peuvent entendre l’enfant, ils ne le font pas toujours, et, surtout, contrairement au juge des enfants, ils ne sont pas formés pour le faire.

A lire : Vive la convention des droits de l’enfant, de Claire Brisset et Zaü, 2009, éd. Rue du monde, 17 euros.

Les Enfants et la loi de la jungle, de Claire Brisset, éd. Odile Jacob, 2009, 21 euros.

Pour ou contre la garde alternée ?, Claire Brisset, Catherine Dolto, Gérard Poussin, éd. Mordicus, 10,90 e.

Pour : Gérard Poussin, professeur émérite de psychologie.

L’inscription de la résidence alternée dans la loi de 2002, en donnant la possibilité aux pères de s’impliquer davantage auprès de leur enfant, montre un grand progrès dans la reconnaissance du rôle paternel.

Bien sûr, il y en aura toujours qui choisiront ce mode de garde pour de mauvaises raisons, comme celle, par exemple, de ne pas avoir à payer
de pension alimentaire. Mais en général ce choix témoigne d’une vraie envie du père d’être présent.

La plupart des études soulignent que la résidence alternée n’entraîne pas d’effets nocifs pour l’enfant. Ce ne sont bien sûr que des statistiques, et les détracteurs de ce mode de garde auront beau jeu de produire des cas d’enfants pour lesquels cela se passe mal ou pour lesquels des jugements absurdes ont créé des situations scandaleuses.

Souvent, lorsqu’il y a un problème dans la garde alternée, ce sont d’autres facteurs qui en sont la cause (mauvaise entente entre les parents, problèmes sociaux, distance entre les domiciles des parents trop importante)… Ce n’est pas, à mes yeux, une raison suffisante pour remettre en cause le principe même de la résidence alternée.

De même, je suis opposé à l’inscription dans la loi d’une condition d’âge minimale. On sait que le lien entre l’enfant et ses parents est primordial avant cinq ans. Et je peux citer des centaines d’exemples d’enfants qui,
faute d’avoir eu des contacts avec leur père dans la petite enfance, ne pourront jamais nouer une relation de qualité avec celui qu’ils considèrent comme un « étranger ».

Si on décide de mettre dans la loi une condition d’âge à la garde alternée, autant supprimer cette possibilité immédiatement. En revanche, on pourrait imaginer une progression
dans le temps, avec un rythme croissant au fur et à mesure que l’enfant grandit.

A lire : Les Enfants du divorce. Psychologie de la séparation parentale, Gérard Poussin, Elisabeth Martin-Lebrun, publié par La Passerelle, éd. Dunod, 25 euros.

* Source : www.insee.fr