Réduire l’exposition au bisphénol A

« Ils ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas ! » Pour André Cicolella, animateur du Réseau environnement santé (Res), les pouvoirs publics disposent aujourd’hui d’éléments suffisamment inquiétants sur les effets sanitaires des perturbateurs endocriniens pour faire jouer le principe de précaution.

Intervenant lors du débat qui a suivi la projection d’un film sur le sujet, il a précisé que le Réseau environnement santé (Res) – collectif de chercheurs, d’organisations de défense de l’environnement et d’associations de malades, créé en 2009 – assure par exemple une veille scientifique sur le bisphénol A, l’une des molécules en cause, et envoie régulièrement au ministère de la Santé toutes les études sortant dans le monde sur son impact.

Perturbateur endocrinien

Composé chimique utilisé dans la fabrication de certains plastiques, le bisphénol A se comporte comme un œstrogène et peut perturber le système hormonal. Si sa toxicité (risques de cancer, anomalies de la reproduction, troubles du comportement) a été démontrée sur des rongeurs de laboratoire, les experts discutent sur des questions de doses tolérables par l’homme. « Faut-il attendre qu’ils soient tous d’accord pour prendre des mesures ? » a demandé André Cicolella, considérant que l’enjeu concernait l’ensemble des citoyens.

La campagne menée dans l’opinion sur le bisphénol A a déjà porté ses fruits, puisque, après le Danemark, la France l’avait interdit unilatéralement en juin dans la fabrication des biberons. « L’Union européenne vient aussi d’en interdire la commercialisation à partir du 1er juin 2011 », s’est félicité André Cicolella.

Un progrès, certes, mais le Res réclame son interdiction dans tous les contenants alimentaires (en premier lieu dans le revêtement des boîtes de conserve), soulignant que la contamination des nourrissons débute dès la gestation.

Risque professionnel

« Une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) de Toulouse vient de montrer que la contamination peut aussi se faire par un contact entre la peau et du papier thermique [utilisé entre autres pour les tickets de caisse, Ndlr], lequel contient du bisphénol A. Le risque concerne principalement les personnes exposées professionnellement, comme les caissières. Des mesures de protection doivent être prises », a-t-il ajouté.

De nombreuses questions ont été posées sur les moyens d’éviter l’exposition au bisphénol A – comment le repérer sur les étiquettes ? Y a-t-il des produits alternatifs ? –, mais aussi sur d’autres perturbateurs endocriniens (phtalates, paraben, triclosan…), sur l’augmentation des cas de cancer ou encore sur le poids des lobbys industriels.