Recycler pour sortir du pétrin

Allez, c’est parti ! » Alexis et Mustapha grimpent dans la camionnette,
claquent les portes et démarrent. Depuis deux jours, Lyon est sous la neige. Mais qu’importe le froid et le verglas. Comme tous les jeudis, la tournée doit avoir lieu.
Direction, l’hôtel Ibis, puis le Mercure et le Novotel… Les deux hommes termineront leur circuit par les boulangeries du centre-ville. Leur mission : récupérer le pain invendu pour le rapporter à l’atelier. Il y sera coupé, séché, transformé puis revendu à des agriculteurs de la région pour nourrir vaches et volailles.
De leur côté, dans l’atelier, Baptiste et Vincent sont au boulot. A l’aide d’une broyeuse, ils réduisent le pain dur en poudre, qui tombe dans de grands sacs plastique. En quelques semaines, les deux hommes auront produit une tonne d’aliments pour animaux.
Ecologique, social et solidaire, le programme « Pain pour l’emploi » a été lancé à Lyon il y a quatre ans. Il est piloté par l’association Valdocco. Née il y a quinze ans sur la dalle d’Argenteuil (Val-d’Oise), Valdocco (du nom de deux cités, le Val d’Argent et les Côteaux) a mis en place dans cette ville un dispositif pour les jeunes en difficulté et pour leurs familles : soutien scolaire, camps d’été pour les ados, médiation familiale…
« En 2005, la municipalité de Lyon nous a contactés. Elle souhaitait que nous montions ici le même type de projets pour les jeunes, mais aussi pour des adultes en galère, explique Nicolas Ernst, directeur de “ Pain pour l’emploi ”. Nous avons alors repris le projet, qui existait à Lyon mais vivotait et nous l’avons développé. »
Un sas, c’est ainsi que « Pain pour l’emploi » a été conçu. Un lieu où un adulte, jeune ou moins jeune, peut poser son fardeau entre six et neuf mois, stopper une spirale de vie descendante, bénéficier d’un vrai salaire et de temps pour rebondir…
« Pour moi, c’est un nouveau départ, explique Baptiste, trente-cinq ans. Le parcours du jeune Normand est une succession d’accidents de la vie. Ancien sportif de haut niveau – il a été champion de France de cross-country à seize ans –, Baptiste tombe dans la drogue et dans la délinquance. Il a vingt-deux ans lorsque naît son fils. Pour l’élever, il devient chauffeur routier. Un jour, alors qu’il roule dans une rue de Paris au volant de son poids lourd, c’est le drame. Baptiste passe à l’orange.
A quelques mètres de là, un vieil homme de quatre-vingt-sept ans traverse… La collision est terrible. « Ma faute était inexcusable. J’avais fumé du cannabis. Et puis j’avais déjà un casier judiciaire à cause de toutes les conneries que j’avais faites. Au-delà de l’accident, mon procès
a été celui de toute une vie, ma vie. » Baptiste perd son permis de conduire. Il est condamné à deux ans de prison ferme. Puis c’est le divorce, la dépression…
« Valdocco m’a donné une chance énorme. Ici, on me fait confiance. Je n’ai pas le droit de les décevoir. » Baptiste, aujourd’hui, a un projet de vie. Devenir éducateur pour jeunes délinquants et entraîneur sportif dans les quartiers difficiles : « Je suis passé par là. Je pense pouvoir être utile. Et puis, j’ai rencontré une copine… J’y crois. Je vais y arriver. »
L’atelier Valdocco a étendu son activité au recyclage de bouchons, de métaux, des cartouches d’imprimante collectés puis revendus à des professionnels. Dans quelques mois, l’atelier se lancera dans le reconditionnement d’ordinateurs.
Baptiste, Vincent, Alexis
et Mustapha iront récupérer les ordinateurs mis au rebut par les entreprises et les reformateront. « Nous les vendrons ensuite à très bas prix (aux alentours de 50 euros) à des bénéficiaires d’associations caritatives comme le Secours catholique ou le Secours populaire. Pour nos jeunes, c’est une activité valorisante. Ils pourront utiliser facilement les compétences acquises chez nous dans leurs projets futurs. » 

Association le Valdocco-Acirpe, 6, rue de la Liberté, 69160 Tassin-la-Demi-Lune.
Tél. 04 78 34 49 96.
Site Internet : www.le-valdocco.fr