Dans son dernier ouvrage[fn] Le jour où les enfants s’en vont, éditions Albin Michel, 14euros.[/fn], la psychologue Béatrice Copper-Royer décrit le moment où les enfants s’en vont, le sentiment de vide éprouvé par les parents, mais aussi les nouvelles relations qui se tissent entre eux et leurs enfants.
Le «syndrome du nid vide» désigne la souffrance de certains parents après le départ de leurs enfants de la maison. En général, quels sont les sentiments des parents à ce moment charnière ?
Les parents éprouvent des sentiments contradictoires : ils sont à la fois agacés par la lenteur de leur enfant à partir, soulagés de ne plus avoir autant de contraintes (horaires, courses…), heureux de leur liberté retrouvée. En même temps, ils sont confrontés au vide, au silence, à eux-mêmes. Il n’y a plus de bruit, de portes qui claquent, ni de copains qui viennent à la maison. On est confronté aussi à la peur de la solitude et du vieillissement, voire à l’angoisse du danger qui menace son enfant lâché dans le monde. Et si l’on a privilégié l’éducation de ses enfants, mettant sa propre vie en veilleuse, le départ est d’autant plus difficile à accepter. Cela renvoie également à notre propre histoire et réactive nos émotions au moment de la séparation d’avec nos parents. Pèsent aussi les questions à propos du parent que l’on va devenir et la nécessité de faire le deuil de celui qu’on a été! Mais les réactions ne sont pas les mêmes selon le moment où cela survient dans la vie des parents, s’ils sont occupés professionnellement, à la retraite ou au chômage, si le couple est épanoui ou s’il bat de l’aile, etc.
Familles recomposées, monoparentales, endeuillées : il y a plusieurs situations particulières où les «envolées du nid» se font rarement dans la sérénité…
Lorsque les parents ne vivent plus ensemble, il y a un double impératif pour le jeune : devoir se séparer de sa mère sans se réfugier chez son père et inversement. Sinon, cela repousse d’autant la prise réelle d’autonomie. Cette dernière est d’autant plus délicate que l’enfant a dû affronter la séparation, éventuellement accepter les enfants du beau-parent, un nouvel enfant du couple… Ça lui a demandé beaucoup d’énergie et pris des années à s’apaiser, et c’est justement au moment où un nouvel équilibre se met en place qu’il lui faut partir! D’où la nécessité que les parents séparés accordent leur attitude pendant cette phase délicate.
Dans une famille monoparentale, c’est encore plus difficile, car l’enfant se sent coupable de laisser seul son parent, bien souvent sa mère. Et c’est aussi à cette dernière que revient la tâche immense de devoir être à la fois présente pour soutenir, encourager, et absente pour poser une distance suffisante et permettre à l’enfant de se construire. Une mère dépressive l’entrave, à son insu, dans son essor. Plus rare, le cas de figure du parent veuf face au départ de l’enfant s’avère ardu, car il réveille le traumatisme du deuil et le vide laissé par le conjoint disparu.

Bien préparée, cette séparation peut pourtant avoir des effets positifs ?

Une certitude : sans notre autorisation psychique, notre enfant ne peut s’envoler sereinement. Il faut se féliciter de lui avoir donné assez confiance en lui, en nous et en la vie pour qu’il parte avec enthousiasme! Oui, c’est un moment qui peut être douloureux, qui crée du remous, mais c’est un passage incontournable. Bien des mères disent ressentir un vide immense, un peu comme à la naissance, qui peut provoquer le baby-blues. Les sentiments sont parfois proches de ceux du deuil !
Pour autant, il ne faut pas maintenir le cordon ombilical, même virtuel. La tentation peut être grande d’inonder nos enfants de textos, de les suivre pas à pas sur Facebook, de dialoguer en permanence sur Skype… Car quoi de plus rassurant que ce retour au cocon, y compris via Internet? Et même si l’enfant veut garder ce lien, il faut l’aider à le rompre! Finalement, ce n’est pas une fin, mais le début d’une nouvelle relation avec son enfant. Dans la vie, les choses ne sont jamais figées; le statut de parent évolue en permanence, en fonction de l’âge de l’enfant.
Quels conseils donneriez-vous aux parents ?
C’est le moment de se faire du bien, de réapprendre à être attentif à soi. Il faut laisser faire le temps… On a besoin de cet entre-deux. Ça peut être l’occasion d’entamer un travail sur soi. Pour certains couples, c’est l’occasion d’une nouvelle lune de miel! Pour d’autres, à l’inverse, le vide laissé par l’enfant révèle des conflits plus ou moins latents, car il servait d’écran, finalement.
Il faut éviter à cette période de déménager, de changer de travail…, ou même de partir à la retraite! Ne préjugez pas de vos forces; ménagez-vous. Autant que faire se peut, il faut laisser son enfant se débrouiller dans sa nouvelle vie, le laisser prendre en charge les aspects administratifs, afin qu’il apprenne à s’appuyer sur lui-même et non plus sur vous. Quitte à ce qu’il fasse des erreurs et angoisse un peu… C’est ainsi qu’il apprendra !