Connu dès l’Antiquité, où les médecins avaient déjà décrit les ravages de l’intoxication par le plomb, le saturnisme (en référence au nom donné à ce métal par les alchimistes) a été la première maladie professionnelle reconnue, en 1919, à l’issue d’un long combat syndical des ouvriers peintres, qui rallient l’opinion à leur cause.

Dans les années 1980, la maladie a connu un regain d’attention, avec la découverte de cas graves parmi les enfants vivant dans des logements vétustes. Les petits, particulièrement vulnérables, s’intoxiquent en absorbant les poussières en suspension ou en ingérant directement les fragments de peinture au plomb, qui se détachent des murs et souillent les aliments.

En 1999, une enquête de l’Inserm estimait à 85 000 le nombre d’enfants touchés par le saturnisme, lequel peut entraîner des troubles irréversibles du système nerveux central et provoquer, dans les intoxications importantes, des retards psychomoteurs.

Le plomb stocké dans les os est encore présent des années plus tard, et les fillettes devenues adultes peuvent transmettre la maladie à leurs enfants.

Des mesures ont été prises dans le domaine de la santé et de l’habitat, et la réglementation a été considérablement durcie. Des avancées certaines, mais insuffisantes, en particulier dans leurs applications sur le terrain, pour éradiquer ce fléau, selon Patrick Mony, président de l’Association des familles victimes du saturnisme (Afvs), qui interviendra à la conférence-débat organisée au siège de la Mutuelle Familiale.

« Il y a aujourd’hui une volonté des pouvoirs publics de laisser penser que la question est résolue, que c’est maintenant un problème résiduel », estime-t-il, déplorant que la lutte contre le saturnisme ne soit pas une priorité de santé publique, avec les moyens et les budgets à la hauteur de l’enjeu.

Centrées au départ sur le « mal-logement », les actions de l’association s’étendent aujourd’hui à d’autres domaines, comme la protection des travailleurs exposés au plomb ou encore le soutien aux victimes de pollutions industrielles.

Selon Patrick Mony, les risques pour l’ensemble de la population sont largement sous-estimés : « Il y a un an, les parents d’élèves d’une école du XVIIIe arrondissement de Paris ont découvert qu’il y avait du plomb dans les locaux. En fait, on le savait depuis 2007, mais des travaux n’avaient pas été faits. Récemment, une famille habitant un bel appartement parisien a appris, à l’occasion d’un bilan de santé, que leur enfant était intoxiqué au plomb. En cause, je crois, la peinture d’une boiserie qui s’écaillait et qu’il aurait ingérée. Leur pédiatre a d’abord cru à une erreur d’analyse. »

Les travaux de rénovation dans les immeubles anciens peuvent être source d’intoxication pour les ouvriers et pour les habitants, si les précautions ne sont pas prises. Patrick Mony évoque aussi les méthodes de diagnostic, les seuils de dangerosité (constamment revus à la baisse), les traitements, etc. Des questions sur un vaste sujet qui pourront être développées lors de la conférence-débat.