Psoriasis : faire la peau aux idées reçues

Maladie bénigne de la peau, le psoriasis touche environ 2,5 millions de personnes en France. Mais bon nombre d’idées fausses circulent encore sur cette affection. Explications.

 

C’est psychologique

Faux Le psoriasis n’est pas une maladie psychosomatique. En effet, le stress n’est qu’un facteur déclenchant parmi d’autres. Il ne peut pas à lui seul expliquer l’apparition de cette affection de la peau. « En revanche, la maladie peut entraîner des troubles psychologiques, car elle retentit sur la qualité de vie des patients. Ces derniers souffrent beaucoup du regard des autres, qui dans notre société du paraître est de plus en plus dur », explique le Dr François Maccari, dermatologue dans le service de dermatologie de l’hôpital Bégin, à Saint-Mandé. Les patients ont tendance à vouloir cacher leurs lésions. Même un psoriasis léger mais localisé sur le visage et les mains peut entraîner une gêne esthétique. Du coup, nombre de patients peuvent souffrir d’anxiété, d’insomnies, voire de dépression.

C’est inflammatoire

Vrai « Cette réaction inflammatoire dermique provoque une prolifération excessive des cellules de la peau, les kératinocytes, liée à un dysfonctionnement du système immunitaire. Au lieu de se renouveler tous les vingt-huit jours, ils le font en cinq à sept jours, explique le Dr Maccari. Les lésions se présentent sous la forme d’épaisses plaques rouges recouvertes de peau morte, les squames. Ce phénomène touche autant les hommes que les femmes, à n’importe quel âge et à n’importe quel moment de la vie, même pendant l’enfance et l’adolescence. »

Le plus souvent, le psoriasis évolue par poussées plus ou moins longues, avec une rémission complète entre les crises. Mais pour certains patients, les lésions restent présentes en permanence. Parfois aussi, les personnes touchées (près de 7 %) développent un rhumatisme dit psoriasique, qui provoque des douleurs articulaires. Dans 70 % des cas, cette forme d’arthrite apparaît dix à quinze ans après les premiers signes de psoriasis cutané.

C’est contagieux

Faux Une personne atteinte de psoriasis ne peut pas transmettre la maladie par contact physique. De même, la maladie n’est pas liée à un manque d’hygiène. « Ce sont des préjugés assez courants qui stigmatisent et auxquels sont confrontés quotidiennement les malades », note l’association France Psoriasis, qui souligne, d’après un sondage réalisé en 2013, que 42 % des personnes interrogées disent éviter un contact physique lors d’une première rencontre avec quelqu’un atteint de la maladie.

C’est héréditaire

Vrai La maladie apparaît sur un terrain génétique prédisposé. Ainsi, 40 % des personnes atteintes de psoriasis ont un ou plusieurs membres de leur famille qui le sont aussi. De même, lorsque l’un des deux parents est concerné, le risque pour l’enfant d’être touché par la maladie est de 10 à 15 %, et de 40 à 50 % si les deux parents sont atteints. Toutefois, s’il existe un terrain génétique favorable à la survenue de la maladie, cela ne suffit pas à la déclencher. Certains individus prédisposés ne la déclareront jamais au cours de leur vie. L’apparition d’un psoriasis est liée à la combinaison de différents facteurs : génétiques, infectieux (à la suite d’une angine due à un streptocoque, par exemple) et environnementaux (le stress, la prise de certains médicaments, des facteurs traumatiques, comme une rupture, un décès…).

C’est guérissable

Faux On n’en guérit pas, mais on peut en maîtriser les poussées. Les traitements vont alors lutter contre l’inflammation, le renouvellement accéléré des kératinocytes et atténuer la rougeur des plaques. Cette prise en charge soulage aussi les démangeaisons, la douleur et la desquamation incessante des zones touchées. Les réponses thérapeutiques sont modulées en fonction de la sévérité et de la forme du psoriasis. Des traitements locaux (des dermocorticoïdes, qui peuvent être associés à des crèmes à base de vitamine D), en complément d’une bonne hydratation, agissent directement sur les plaques.

La puvathérapie (cette thérapie associe une exposition au rayonnement Uva à la prise d’un médicament photo-sensibilisant) et la photothérapie Uvb, réalisées sous surveillance médicale chez un dermatologue, sont proposées aux patients souffrant d’un psoriasis étendu (à partir de 20 à 30 % de la surface corporelle). Ils améliorent l’état des lésions, mais le nombre de séances doit être limité (200 à 300 séances au maximum au cours de la vie), en raison du risque d’apparition de cancers cutanés à long terme.

Les cures thermales font régresser les lésions grâce aux vertus anti-inflammatoires, apaisantes et cicatrisantes des soins. D’autres traitements (rétinoïdes oraux, ­ciclosporine, méthotrexate) sont indiqués dans le psoriasis modéré à sévère. Enfin, les biothérapies, les traitements les plus récents, constituent un grand progrès pour les patients dont le psoriasis est sévère ou résiste aux autres traitements. Ces molécules sont administrées en injection sous-cutanée ou intraveineuse et agissent en inhibant les molécules responsables de l’inflammation, les cytokines. De nouvelles molécules à action très rapide sont attendues dans le courant de l’année 2015.

 

Les différents visages de la maladie

Dans 80 % des cas, les plaques apparaissent le plus souvent sur les coudes, les genoux, le cuir chevelu et la région lombaire. Mais il existe d’autres formes de psoriasis. Celui dit « en gouttes » concerne plus souvent les enfants et les adolescents. Localisé au niveau des bras, des jambes et du tronc, il se manifeste de façon soudaine, souvent à la suite d’une infection, comme une angine, par des petites plaques en forme de gouttes qui blanchissent rapidement. Dans le psoriasis pustuleux, les plaques inflammatoires situées sur la paume des mains et la plante des pieds sont accompagnées de pustules blanc jaunâtre, mais il ne s’agit pas de pus infectieux. Parfois, les plaques rouges se situent préférentiellement dans les plis (nombril, plis de l’aine, sous-mammaires, etc.). C’est le psoriasis inversé. Plus rare et grave, le psoriasis érythrodermique peut s’étendre sur tout le corps et être accompagné de fièvre et de frissons. Une hospitalisation est alors nécessaire.