Grâce à la prévention et au dépistage précoce, on pourrait éviter 30 à 40 % des cancers. Interview du Pr François Sigaux, directeur du pôle recherche et innovation de l’Institut national du cancer.

De réels progrès ont été faits dans la prise en charge des cancers. Mais il reste encore beaucoup à faire dans les domaines de la prévention et du dépistage. Interview du Pr François Sigaux, directeur du pôle recherche et innovation de l’Institut national du cancer.

Vous insistez beaucoup sur la prévention et le dépistage des cancers, pourquoi ?

Nous avons de grands progrès à faire dans ce domaine, en France. Car les messages de prévention notamment sur l’arrêt du tabac, l’obésité, les précautions à prendre contre le soleil, ne passent pas très bien. Pourtant, grâce à la prévention et au dépistage précoce, on pourrait éviter 30 à 40 % des cancers. En Angleterre, ça marche, en France, il y a des freins. La population ne se sent pas concernée. Peut-être pour des raisons culturelles… C’est pourquoi les sciences humaines et sociales se penchent sérieusement sur la question et de nombreuses recherches se mènent actuellement sur ce sujet.

Le dépistage aussi est primordial car, plus on dépiste tôt, meilleures sont les chances de guérison. Certes, acutellement on guérit un cancer sur deux mais il reste encore beaucoup à faire. Des messages sont à faire passer, par exemple : même après 50 ans, il y a des bénéfices à l’arrêt du tabac. Même chose auprès des jeunes et des femmes en particulier.

Octobre rose est aussi l’occasion de parler du cancer du sein et de penser à se faire dépister.

La vaccination contre le papillomavirus humain pour les jeunes filles est aussi un bon moyen d’éviter certains cancers du col de l’utérus, ce qui n’exclut pas le dépistage par frottis.

Quels sont les autres domaines où la recherche avance ?

L’immunologie va certainement exploser dans ces prochaines années pour soigner les cancers les plus avancés, ainsi que les thérapies ciblées, mais de nombreux progrès sont en cours également en chirurgie robotisée, grâce à la technologie. La chirurgie se fait de plus en plus précise et entraîne de moins en moins de dégâts sur l’organe. Elle devient mini-invasive, ce qui permet au patient de rester le moins de temps possble à l’hôpital. La radiothérapie évolue beaucoup dans le sens d’une limitation de l’irradiation des tissus sains qui entourent la tumeur.

Tous les patients bénéficieront-ils de ces avancées ?

Nous avons, en France, un système de soins unique au monde que beaucoup nous envient. Il faut le préserver mais il est vrai que les traitements en imunothérapie et pour les thérapies ciblées coûtent très cher. Certes, les firmes pharmaceutiques en sont conscientes, mais il faut rester vigilants et veiller à ce que tous les Français puissent en bénéficier de façon égale, sur tout le territoire.