« Je n’avais rien demandé. On m’a glissé une ordonnance pour le Gardasil. On ne m’a pas mise en garde. On m’a simplement dit qu’il fallait que je le fasse pour ma santé ». C’est en ces termes que Marie-Océane, une jeune landaise de 18 ans s’est exprimée sur la radio Europe 1, après avoir déposé une plainte pénale le 22 novembre auprès du parquet du tribunal de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, contre le laboratoire pharmaceutique Sanofi Pasteur qui développe le vaccin Gardasil, pour « atteinte involontaire à l’intégrité de la personne humaine ». La plainte vise également l’Agence nationale du médicament (Anses), estimant qu’il y a eu « violation d’une obligation manifeste de sécurité et méconnaissance des principes de précaution et prévention ».

La jeune fille a en effet été vaccinée préventivement à l’âge de 15 ans avec le vaccin Gardasil, lequel est prescrit aux jeunes filles avant le début de leur vie sexuelle afin de les prémunir contre le papillomavirus (HPV), un virus responsable de près de 80% des cancers du col de l’utérus. La première injection, explique son avocat Maître Jean-Christophe Coubris dans un communiqué, a été reçue par la jeune landaise le 11 octobre 2010, puis une deuxième le 13 décembre. Une vaccination intervenue selon lui après un véritable « tapage médiatique », visant parfois à « culpabiliser » les parents pour qu’ils choisissent ce traitement.
Mi-février 2011, des signes cliniques sont apparu, des vertiges et vomissements ayant conduit à son hospitalisation à Dax (Landes), puis en urgence au CHU de Bordeaux, après avoir souffert de pertes momentanées de la vue, de la marche et d’une paralysie faciale. Son état s’est stabilisé en août 2012, mais la jeune fille est souvent fatiguée ce qui gêne sa scolarité, explique encore l’avocat bordelais, lequel souligne que la jeune fille vit désormais « avec l’angoisse constante d’une poussée de sa maladie ».

Un lien direct entre le vaccin et la maladie neurologique reconnu en 2012

Selon Maître Jean-Christophe Coubris, « le diagnostic d’encéphalomyélite aigüe disséminée, une inflammation du système nerveux central, ou de sclérose en plaques a été rapidement posé ». En septembre 2012, la commission bordelaise des accidents médicaux a d’ailleurs reconnu un lien direct entre la maladie neurologique dont souffre la jeune Landaise et sa vaccination quelques mois plus tôt. Elle a cependant limité à 50% de ses préjudices l’indemnisation de Marie-Océane «au motif d’un état antérieur non identifié mais laissant supposer une vulnérabilité génétique».

La jeune fille et son avocat reprochent au Laboratoire Sanofi Pasteur MS de ne pas avoir informé les utilisateurs du Gardasil des risques inflammatoires du système nerveux central alors que ces risques ont été identifiés depuis 2009, suite à une déclaration d’effets indésirables. Ils reprochent également à l’ANSM de n’avoir pris aucune mesure à l’encontre du laboratoire.

De son côté, Sanofi Pasteur MSD a démenti le 24 novembre tout lien entre le Gardasil et la survenue de cas de sclérose en plaques. Le laboratoire précise que les organismes de surveillance, au niveau mondial, n’ont jamais émis le moindre doute sur ce vaccin. “Les études conduites en France et dans le monde pour évaluer l’association éventuelle entre la vaccination anti-HPV et la survenue de cas de sclérose en plaques n’indiquent aucune augmentation du risque d’apparition de cette maladie”, affirme le laboratoire. Sanofi Pasteur MSD “regrette que les conclusions formulées par les experts de la commission, qui ne sont fondées sur aucune preuve scientifique, jettent le discrédit sur le vaccin Gardasil et la vaccination anti-HPV en général”.

Moins d’un tiers des jeunes filles sont vaccinées en France

En France, l’utilité du vaccin contre le cancer du col de l’utérus fait débat depuis sa commercialisation en 2006. Des patientes ont déjà saisi des commissions régionales d’indemnisation des accidents médicaux, pour des effets secondaires liés selon elles au Gardasil. En mars 2012, un groupe d’études de l’Assemblée nationale sur la vaccination avait recommandé “une recherche approfondie sur l’efficacité et les effets du vaccin”.

136 millions de doses de Gardasil ont été vendus dans le monde depuis 2006, 5 millions en France. Selon l’InVS (Institut national de veille sanitaire), 29,9 % des adolescentes françaises ont reçu les trois doses en 2011.