Après avoir dénoncé les marges trop élevées des opticiens en 2013, l’Ufc-Que choisir s’attaque à leurs pratiques frauduleuses. L’association de défense des consommateurs a publié, mardi 20 mai, une nouvelle enquête dans laquelle on apprend que dans 17,9 % des cas l’opticien a proposé de falsifier la facture pour que le client soit mieux remboursé par sa mutuelle. L’entourloupe est connue : augmenter le prix facturé sur les verres, mieux pris en charge, et diminuer celui de la monture. Un tour de passe-passe qui arrive en deuxième position des propositions arrangeantes faites par le vendeur, après celle d’acheter une monture moins chère (27,5 %), et avant celle d’un geste commercial (15,7 %).

La Mutualité française a immédiatement réagi à cette enquête, qui illustre le constat dressé par la Cour des comptes en septembre 2013 sur le phénomène inflationniste créé par l’organisation actuelle et certaines pratiques du secteur de l’optique en France. Selon le rapport de la Cour des comptes, le nombre de points de vente en optique s’est accru de 43 % entre 2000 et 2011, pour atteindre un total de 11170 magasins en France. C’est, comme le note le rapport, «pratiquement le même nombre de distributeurs qu’en Allemagne pour une population inférieure de 20 %».

Dans le même temps, il a été noté une pratique de plus en plus courante de «l’ajustement» qui consiste pour les opticiens à adapter leur vente à la «limite haute» du taux de remboursement des mutuelles. Du fait de cette organisation et de ces pratiques, le prix moyen d’une monture en France coûte 50 % plus cher que le prix moyen d’une monture en Allemagne, soit un surcoût annuel de 510 M€ au total.

Pour Etienne Caniard, président de la Mutualité française, « c’est une situation intenable, qui favorise le renoncement aux soins. Cette enquête rend d’autant plus nécessaires les propositions que nous faisons de réguler ce marché par la limitation des remboursements et d’autant plus actuel le développement rapide des réseaux d’optique conventionnés». Dans les réseaux d’optique, le panier moyen d’un adhérent d’une mutuelle pour un équipement optique est en moyenne inférieur de près de 30 % au prix moyen constaté hors réseaux.