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Sécurité sociale

« Pour un reste à charge zéro en audioprothèse, c’est à l’Assurance maladie d’augmenter fortement ses remboursements »

Alors que les négociations sur le reste à charge zéro ont été lancées par les pouvoirs publics le mardi 23 janvier, le président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf), Luis Godinho, pense qu’il est possible de parvenir à un reste à charge modéré en audioprothèse en augmentant de 120 € à 600 € les remboursements de l’Assurance maladie (pour une oreille).

Le président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf), Luis Godinho, estime qu’une plus grande intervention du régime de base, et non pas des complémentaires, se justifie car la perte d’audition est un gros risque. Dans ce cadre, une révision des tarifs est pour lui envisageable.

Luis Godinho, président du Syndicat national des audioprothésistes (Unsaf) 1

- Les prix des audioprothèses sont très élevés pour les patients. Comment voyez-vous cette réforme annoncée d’un reste à charge zéro ? 

Luis Godinho

Nous appelions à une négociation depuis 2014 et nous sommes donc très heureux que les pouvoirs publics se saisissent de cette question. Car, il y a effectivement un vrai problème de reste à charge en audioprothèse pour les Français : celui-ci est de 1000 euros en moyenne pour une oreille. Le prix moyen en gamme 3 (soit un matériel standard-milieu de gamme) est de 1500 euros dont les prises en charges se répartissent de la façon suivante : 120 euros remboursés par l’Assurance maladie, 400 euros par les organismes complémentaires et 1000 euros à la charge des patients. Il faut savoir que la part remboursée par le régime de base est 5 à 7 fois moins élevée en France que chez nos voisins européens pour des tarifs équivalents : 785 euros en Allemagne, 660 euros en Belgique, 600 euros en Italie. Une faiblesse qui ne manque pas de pénaliser les personnes à faibles revenus. Il y a un vrai enjeu d’accès des plus modestes aux audioprothèses. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a un problème de solvabilisation.

- Quelle piste privilégiez-vous pour parvenir à ce reste à charge zéro ?

Luis Godinho

Nous pensons que c’est à l’Assurance maladie d’intervenir davantage sur ce poste car la perte d’audition n’est pas un petit risque. Selon une récente étude de la revue médicale The Lancet (19/07/2017), la compensation du déficit auditif est déterminante dans la prévention de la démence. Il faut comprendre que porter des audioprothèses permet de prévenir la dépression, la démence, les chutes et favorise sérieusement l’autonomie des personnes âgées. Dès lors, notre proposition est de parvenir à un remboursement de l’Assurance maladie de 600 euros par oreille pour la gamme 3, auquel viendrait s’ajouter le remboursement des complémentaires de 400 euros. On pourrait alors envisager une réduction des prix puisque cette meilleure couverture devrait générer plus d’activité pour les audioprothésistes. Un tarif limite de cette gamme 3 devait donc être fixé par les pouvoirs publics dans le cadre de la négociation. L’ensemble de ces efforts permettrait de réduire à presque zéro le reste à charge. Il faut considérer la hausse des remboursements de l’Assurance maladie comme un investissement (chiffré à 300 millions d’euros), quand on sait qu’un euro investi dans l’auditif conduit à 10 euros d’économies en soins évités.

- Que pensez-vous des premières pistes de réflexion de la Mutualité Française sur ce sujet du reste à charge zéro (baisse de la TVA sur les lunettes de 20 % à 5,5 % ; diminution de la taxe de solidarité additionnelle sur les contrats d’assurance maladie (TSA) pour les « bons élèves » ; développement des réseaux de soins ; augmentation des remboursements de la Sécurité sociale) ?

Luis Godinho

Comme la Mutualité Française, nous pensons qu’il faut commencer par revoir la nomenclature qui n’a pas été actualisée depuis 1986. Comme elle, aussi, nous sommes donc favorables à l’augmentation des remboursements de l’Assurance maladie. Et, comme elle, nous pensons que si cette réforme permet d’aboutir à proposer des audioprothèses de gamme 3 avec un reste à charge modéré, elle doit laisser les patients qui souhaiteraient une qualité supérieure (gammes 4 et 5) choisir des options en assumant un reste à charge choisi. En revanche, nous ne croyons pas aux réseaux de soins pour l’audioprothèse. Comme l’Igas (rapport de juin 2017), nous réclamons l’évaluation publique des réseaux de soins afin de mesurer leur efficience avant de les proposer comme solution.

Propos recueillis par Emmanuelle Heidsieck

 

Quelques chiffres

Chiffre d’affaires de l’audioprothèse en 2015 : 1 milliard d’euros

Répartition de la prise en charge : Amo (14 %) ; Amc (30 %) ; ménages (56 %)

Nombre d’audioprothésistes : 3500

Nombre de points de vente (laboratoires, centres) : 5000

Nombre de fabricants : 6 fabricants de taille mondiale (1 suisse, 3 danois, 1 allemand, 1 américain)

Nombre d’audioprothèses vendues en 2017 : 700 000 (+6 % par rapport à 2016)

Nombre de malentendants : 6 millions de personnes (50 % des plus de 60 ans sont atteints de troubles de l’audition)

Nombre de personnes équipées en audioprothèses : 2 millions (3 millions équipables : problèmes de frein financier, de frein psychologique et de manque d’information sur les dangers pour la santé d’un non appareillage quand cela est nécessaire)

  • 1. L’Unsaf est le seul syndicat de professionnels du secteur (un quart des 3500 audioprothésistes est adhérent).

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