Pour que le travail n’abîme plus la santé

Le travail, est-ce la santé ? Fin novembre, la mutuelle a posé la question, lors d’une table ronde publique, à plusieurs spécialistes.

Un spécialiste en gestion d’entreprise, un médecin du travail, une sociologue et deux syndicalistes étaient présents jeudi 27 novembre pour réfléchir sur les liens entre santé et travail. Premiers constats : le travail s’intensifie ; 3,5 millions de salariés travaillent la nuit, un million de plus qu’en 1989 ; un million de déclarations d’inaptitude au travail sont faites par an, deux fois plus qu’il y a dix ans… Et les difficultés au travail s’accroissent avec l’âge, tandis que celui de départ à la retraite recule.

Pour tout le monde, le travail semble malade. Le lean-management, cette chasse aux temps perdus, s’étend. Les contraintes s’accroissent de toutes parts. Le but du travail se perd. Les atteintes psychologiques progressent. Mathieu Detchessahar, professeur de gestion à l’université de Nantes, a étudié le sujet : « Les souffrances viennent pour beaucoup de l’absence de management. Absorbés par les réunions, les objectifs, les chefs abandonnent leurs équipes à leurs tâches opérationnelles. Ils n’organisent plus. »

Pour améliorer la situation, les invités de la table ronde suggèrent que le travail redevienne un véritable sujet de préoccupation dans les entreprises. « Le salarié a encore la main, c’est son travail ! Qu’il prenne la parole pour travailler dans de meilleures conditions », insiste Alain Alphan-Layre, secrétaire national de la Cgt. « Qu’on libère les manageurs et que les syndicats s’intéressent au travail au lieu de ne parler que d’emploi ! », propose le professeur de gestion.

Autre suggestion : que la médecine du travail, aussi imparfaite soit-elle, perdure, parce qu’elle est le seul endroit où un lien direct est fait entre santé et travail. Les 200 personnes ou presque assistant à la table ronde s’en sont déclarées satisfaites à 88 %.