Globalement, l’espérance de vie des Français est bonne. Et elle progresse. Mais les écarts entre les différentes catégories sociales laissent songeur. Selon une étude du groupe de travail de l’Union européenne sur les inégalités socio-économiques en matière de santé, dont les résultats ont été publiés dans The New England Journal of Medicine, menée en 2008 dans 22  pays européens, l’incidence des différences sociales sur la mortalité est plus importante en France que dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest. La France se caractérise ainsi par un indice relatif d’inégalité (Iri)[fn]L’indice relatif d’inégalité croise les « indices d’inégalités sociales » et des « indices d’inégalité d’état de santé » afin de définir une « inégalité sociale de santé ».[/fn] parmi les plus élevés.

Un cadre vit six ans de plus qu’un ouvrier

Ainsi, l’espérance de vie des cadres à 35 ans dépasse de plus de six ans celle des ouvriers. Un homme de 35 ans peut espérer vivre encore 47 ans s’il est cadre, mais seulement 41 ans s’il est ouvrier. Et l’écart entre les deux catégories sociales s’accroît (huit ans) lorsque l’on considère l’espérance de vie « sans incapacité ».
Concernant la prévention, les inégalités sociales sont flagrantes également. Les cadres et les professions intermédiaires ont une probabilité supérieure de 10 % de bénéficier d’un dépistage du cancer colo-rectal par rapport aux autres catégories sociales. Chez les femmes, les ouvrières ont, de même, une probabilité deux fois plus importante que celle des cadres de ne pas effectuer un frottis. Et si les Français consultent plus les médecins que leurs voisins européens, l’Hexagone est aussi le pays où l’accès aux soins, chez les généralistes comme chez les spécialistes, dépend le plus des revenus. Le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie note ainsi que le taux de renoncements à des soins pour raisons financières des ouvriers est 1,5 fois plus élevé que celui des cadres.

La santé à crédit
Emprunter pour se soigner ? De plus en plus de nos concitoyens le font. Selon diverses études, un Français sur quatre a déjà contracté un emprunt pour faire face à ses dépenses de santé. Il peut s’agir d’une paire de lunettes à acheter, d’un implant dentaire à se faire poser, d’une intervention chirurgicale… Ces emprunts se font la plupart du temps dans l’urgence. Les personnes se tournent alors vers des crédits renouvelables. Assortis de taux usuraires, ces crédits à la consommation font bien souvent basculer leurs souscripteurs dans la spirale du surendettement. Le Crédit municipal de Paris (Cmp) a même créé un microcrédit santé, au taux fixe de 2,95 %, entré en vigueur début janvier 2014 et pouvant être accordé en quarante-huit heures.

Etudiants : la galère…
Un étudiant sur trois renonce aux soins et un sur cinq n’a pas de complémentaire santé. Ce chiffre s’élève même à 40 % chez ceux dont les parents gagnent moins de 1 500  euros par mois. Difficultés d’accès aux soins, troubles dépressifs, manque de sommeil… : une enquête réalisée par la Lmde (mutuelle étudiante) dresse un constat accablant de la santé des étudiants dans notre pays.
Plus grave : « Les étudiants qui jugent leur état de santé comme mauvais ou moyen sont plus nombreux à renoncer aux soins médicaux » – « respectivement 53 % et 54 % ». Pour 29 % d’entre eux, les difficultés financières constituent la principale cause de renoncement. L’enquête de la Lmde révèle d’ailleurs que plus de la moitié des étudiants vivent avec moins de 400 euros par mois, autrement dit sous le seuil de pauvreté (954 euros par mois).

Sans mutuelle, impossible de se soigner
Les personnes qui n’ont pas de mutuelle sont deux fois plus nombreuses à renoncer aux soins que les titulaires d’une assurance complémentaire. Or la hausse des taxes sur les mutuelles, multipliées par sept entre 2005 et 2012, a entraîné une augmentation du tarif des complémentaires. De plus en plus de Français se passent de mutuelle ou optent pour des contrats low cost.
Sources : rapport (2012) du Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie.