Pesticides : des risques accrus pour les femmes enceintes

Une étude française suggère qu’une exposition environnementale à des mélanges complexes de pesticides pourrait conduire à des perturbations métaboliques chez les femmes enceintes. Les auteurs alertent plus particulièrement celles qui vivent à proximité des zones de cultures céréalières.

C’est désormais une évidence : l’utilisation de pesticides engendre des contaminations des différents compartiments de l’environnement (air, eau, sols, aliments) et, par voie de conséquence, la possibilité d’une exposition de la population générale, comme en atteste la présence de certains pesticides dans l’organisme. Ces expositions peuvent résulter de l’alimentation mais aussi de l’utilisation de pesticides au domicile (insecticides ménagers, jardinage, etc.) ou à proximité de celui-ci.

Partant de ce constat, Sylvaine Cordier et son équipe (unité mixte Inserm, université de Rennes 1 et Ecole des Hautes Etudes en santé publique « Institut de recherche, santé, environnement et travail ») se sont penchées sur la cohorte mères-enfants Pelagie (perturbateurs endocriniens étude longitudinale sur les anomalies de la grossesse, l’infertilité et l’enfance) conduite depuis 2002 sur environ 3500 mères-enfants en Bretagne. Elle a été mise en place pour répondre aux préoccupations de santé, en particulier celle des enfants, dues à la présence de composés toxiques dans nos environnements quotidiens.

Leurs travaux, publiés dans la revue Plos One, ont été menés auprès de 83 femmes enceintes réparties en trois groupes, selon qu’elles résidaient dans des communes où les cultures de céréales étaient plus ou moins présentes. Les chercheurs ont procédé à des prélèvements urinaires au cours du premier trimestre de la grossesse.

Résultats : les auteurs mettent en évidence des modifications physiologiques et des perturbations individuelles chez les femmes qui résident dans des communes où les cultures de céréales sont fortement présentes. Ces éléments conduisent donc les chercheurs à suggérer « une exposition environnementale à des mélanges complexes de pesticides ».

Des conséquences cliniques sur l’enfant à naître encore à évaluer

Les éventuelles conséquences cliniques, pour la femme comme pour l’enfant à naître, doivent cependant encore être évaluées précisément. Les chercheurs vont également essayer d’identifier les pesticides incriminés.

« Ces nouveaux résultats indiquent que les inquiétudes légitimes des riverains des zones agricoles cultivées de manière intensive doivent faire l’objet d’une attention plus forte des pouvoirs publics, déclare François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures. Ces études n’auront de sens que si elles incitent à des prises de décisions politiques claires et volontaristes en termes d’interdiction de certains pesticides, notamment les perturbateurs endocriniens, et dans cette attente, la mise en place de zones de protection de 100 mètres minimum le long des habitations jouxtant ces zones agricoles», conclut-il dans un communiqué.

Cette première étude exploratoire conduite par les chercheurs s’intègre dans un projet de recherche global associant à ces travaux épidémiologiques des études toxicologiques permettant de mieux comprendre les voies métaboliques modifiées lors de l’exposition multiple et complexe aux pesticides (projet Metabole). Ces éléments pourront être utiles à terme pour mieux comprendre les effets des pesticides sur la santé.