L’odorat est celui de nos cinq sens le moins souvent mis à contribution. Et pourtant, ne plus rien sentir peut être très handicapant. Des solutions existent pour retrouver son « nez ».

Notre odorat nous permet de reconnaître et de mémoriser jusqu’à 10 000 odeurs différentes. Le parfum d’une fleur, l’arôme du café sont inspirés par le nez, jusqu’au fond des fosses nasales, plus précisément dans la lame de l’ethmoïde, une sorte de passoire osseuse recouverte d’une membrane qui contient une dizaine de millions de cellules spécialisées. Ces récepteurs, concentrés sur une petite surface de seulement 4 centimètres carrés, vont capter les molécules odorantes de l’environnement. L’information est transmise au cerveau, au niveau du bulbe olfactif puis au cortex, qui identifie alors l’odeur.

Toutefois, la puissance de notre odorat est déterminée génétiquement : certains perçoivent naturellement mieux les odeurs que d’autres. Mais l’odorat n’est pas figé, et on peut développer à tout âge ce cinquième sens trop souvent négligé.

Les troubles olfactifs

Près de 900 000 Français ont un problème d’odorat. Pour certains, il ne s’agit que d’une diminution ou d’une augmentation du sens olfactif ; d’autres perdent complètement l’odorat, ainsi que, dans 85 % des cas, le goût. Certaines personnes perçoivent une mauvaise odeur, une odeur déformée ou qui n’existe pas. En cause : le vieillissement naturel de l’organe olfactif dès l’âge de 50 ans, même si dans bien des cas on ne perçoit vraiment ces troubles que vers 70 ans. « On estime que trois quarts des personnes de plus de 80 ans n’ont plus d’odorat, explique le Pr Pierre Bonfils, du département Orl et chirurgie cervico-faciale de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. Or, les troubles du goût et de l’odorat peuvent affecter leur sécurité, car il en résulte une incapacité à reconnaître les odeurs de nourriture avariée, de gaz ou de brûlé. Cela touche aussi la qualité de vie, à cause de la diminution du plaisir de manger et de l’appétit. »

Il arrive aussi que l’odorat ne revienne pas après un rhume. On ne connaît pas encore le virus en cause, mais il touche surtout les femmes après la ménopause. Une autre cause de troubles olfactifs peut être la polypose naso-sinusienne, dont souffrent 5 % des Français. Cette inflammation permanente de la muqueuse du nez et des sinus induit la formation de polypes, lesquels bouchent la cavité nasale. Du coup, l’air ne passe plus correctement dans les fosses nasales et la personne atteinte perçoit moins bien, ou plus du tout les odeurs. Cette maladie est souvent accompagnée de rhinite et de sinusite, voire d’asthme.
Une intervention chirurgicale au cerveau, une tumeur, un traitement médicamenteux, une exposition professionnelle à des produits toxiques ou encore un traumatisme crânien, sont d’autres causes possibles : « 15 % des personnes ayant subi un coma plus de vingt-quatre heures à la suite d’un traumatisme crânien avec perte de connaissance perdent l’odorat », explique le Pr Bonfils.

Le diagnostic

Le médecin Orl a à sa disposition différents moyens de juger de la perte quantitative et qualitative de l’odorat du patient. Il procède tout d’abord à un interrogatoire précis, à la recherche d’un récent traumatisme crânien ou d’une exposition à des produits chimiques. Pour juger du degré d’intensité du trouble de l’odorat, il lui fait sentir des odeurs. Devant différents flacons, le patient signale s’il sent quelque chose et définit quel effluve il perçoit. L’Orl peut réaliser une fibroscopie nasale à la recherche de polypes, voire demander un scanner des sinus ou une Irm pour écarter toute cause tumorale.

Les traitements

Lorsque les troubles interviennent à la suite de la prise d’un médicament, tout rentre dans l’ordre à l’arrêt du traitement. Pour les rhumes, trois quarts des patients retrouvent l’odorat sans traitement dans les deux ou trois ans. Pour les traumatismes crâniens, « on considère que si l’odorat n’est pas revenu au bout de trois à quatre mois, la perte de l’olfaction est très probablement définitive », souligne le Pr Bon­fils. Dans la polypose, un traitement local à base de cortisone est proposé afin de « dégonfler » la muqueuse nasale et sinusienne pour que l’air, qui véhicule les odeurs, passe mieux. En cas d’échec du traitement, une intervention chirurgicale peut dégager le passage aérien obstrué. « Tout en sachant qu’elle ne permettra pas de guérir complètement, car dans bien des cas, il y a des récidives de polypes, met en garde le Pr  Bonfils. Néanmoins, c’est un soulagement important pour les patients. »