Les nanomatériaux ont envahi notre quotidien. On les retrouve dans les claviers et souris d’ordinateur, les cosmétiques et les produits d’hygiène (les crèmes solaires, certains dentifrices, le sparadrap), certains textiles, des peintures et lasures et même dans l’alimentation, notamment dans le sel de cuisine. Le monde médical les utilise comme agent antibactérien dans la fabrication de table d’opération ou comme agents de contraste pour l’imagerie médicale.

Or le consommateur n’est souvent pas informé de leur présence, notamment dans les produits de grande consommation comme l’alimentation ou les cosmétiques.  De plus, personne ne peut aujourd’hui garantir leur innocuité. Pour certains nanomatériaux, des études in vitro et sur des rats montrent des effets sur la santé. C’est le cas des nanotubes de carbone dont les propriétés physico-chimiques en font des additifs de choix pour la fabrication de revêtements ou dans l’imagerie médicale. Or des études montrent de possibles développements anormaux de l’embryon même en l’absence de toxicité chez la mère, l’apparition de maladies respiratoires avec la formation d’une fibrose mais aussi des mésothéliomes.

“Mettre sur le marché des produits dont on ne peut pas garantir l’innocuité, c’est prendre les consommateurs européens pour des cobayes, note Corinne Lepage, députée européenne. Il est urgent d’établir un cadre législatif rigoureux pour les nanomatériaux au niveau européen. L’union européenne doit imposer une évaluation indépendante des effets de ces particules sur la santé et l’environnement.”

L’Anses en appelle à un encadrement réglementaire renforcé au niveau européen

Elle suit en cela l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui pointe du doigt dans un nouveau rapport paru le 15 mai, la toxicité de certains nanomatériaux, ” de nombreuses questions subsistant quant à leurs effets sur la santé et l’environnement (…) sachant qu’il n’existe pas à l’heure actuelle de données directement sur l’homme, en raison de l’absence d’études épidémiologiques”. 

S’appuyant sur une revue de l’ensemble des données et publications scientifiques disponibles au niveau international, l’Anses en appelle à “un encadrement réglementaire renforcé des nanomatériaux manufacturés au niveau européen, afin de mieux caractériser chaque substance et ses usages, en prenant en compte l’ensemble du cycle de vie des produits”.

“La recherche doit être renforcée afin de réduire les incertitudes encore très nombreuses sur un plan scientifique, mais aussi se doter d’outils réglementaires et normatifs pour mieux protéger l’homme et l’environnement”. Il s’agit notamment de mieux évaluer les risques sanitaires des produits contenant des nanomatériaux destinés à être mis sur le marché.