La myopie, si elle apparaît avant l’âge de douze ans, a tendance à s’aggraver rapidement. Il est donc important de faire contrôler régulièrement la vue des enfants, d’autant que le nombre de myopes ne cesse d’augmenter.

La myopie chez l’enfant est caractérisée par une anomalie de la longueur de l’œil. La distance entre la cornée et la rétine est trop importante. Les images, se formant alors en avant de la rétine, et non sur celle-ci, sont floues. Le myope voit mal de loin, mais bien de près. L’apparition d’une myopie chez un enfant se signale par des comportements bien particuliers : il a tendance à se coller à sa feuille quand il écrit ou dessine, se rapproche de l’écran de la télévision ou plisse des yeux devant le tableau en classe. Une consultation chez un ophtalmologiste s’impose alors, même si l’enfant n’a encore que deux ou trois ans.

Une affaire de famille
Avant l’âge de douze ans, l’hérédité entre pour une grande part dans l’apparition de la myopie. Autrement dit, « un enfant a deux fois plus de risques de devenir myope si l’un de ses parents l’est aussi. Si les deux parents sont touchés, ce risque est multiplié par 3 », explique le Pr Béatrice Cochener, chef du service d’ophtalmologie du Chu de Brest et présidente de l’Académie française d’ophtalmologie. Ce trouble de la vision peut être plus ou moins sévère. On parle de myopie modérée pour un déficit visuel de – 4 à – 8 dioptries (cette unité de mesure permet le calcul du -degré de correction des verres) et de myopie maladive lorsque la déficience visuelle est très forte (inférieure à – 8 dioptries). « L’œil grandit trop et devient très long. Il peut atteindre 30 à 32 millimètres, alors que sa taille normale est en moyenne de 22 millimètres, explique Béatrice Cochener. C’est beaucoup, quand on sait qu’un écart d’un millimètre a déjà des conséquences sur la vision.»

Surveillance rapprochée
Plus la myopie apparaît tôt, plus elle risque d’être évolutive. L’enfant myope doit donc consulter son ophtalmologiste tous les six mois. S’il est nécessaire qu’il change de verres correcteurs très souvent, l’ophtalmo peut lui proposer le port de lentilles de contact. « Les lentilles contribuent à limiter l’évolution de la myopie et permettent une meilleure accommodation de l’œil et une bonne vision à toutes les distances », souligne le Pr Cochener.
Autre solution : la chirurgie, avec la pose d’un implant myopique. On introduit une lentille à l’intérieur de l’œil, laquelle remplace les verres correcteurs ou les lentilles de contact. Cette alternative est proposée lorsque l’enfant ne peut plus supporter le port de lentilles ou lorsque les parents se sentent mal à l’aise pour les mettre à leur enfant.

BIentôt tous atteints ?       
Lorsqu’une myopie apparaît après l’âge de douze ans, elle n’a pas forcément de caractère génétique et elle n’est pas obligatoirement associée à un problème de longueur de l’œil. Souvent plus légère (jusqu’à – 4 dioptries), elle se développe chez l’adolescent ou le jeune adulte. C’est la fameuse myopie «accommodative» de l’étudiant : à force d’avoir le nez collé sur les cours ou les écrans (ordinateur, tablettes, jeux vidéo, etc.), il ne parvient plus à ajuster sa vue lorsqu’il regarde au loin. Afin de ne pas solliciter la vision de près au détriment de celle de loin, il est recommandé de faire des pauses toutes les deux heures lorsque l’on doit passer beaucoup de temps les yeux rivés sur un écran ou sur des bouquins.
Mais depuis quelques années, les ophtalmologistes notent une augmentation du nombre de myopes aux Etats-Unis et en Europe. En France, 40 % de la population est concernée, contre 20 % il y a dix ans. La myopie atteint même 25 à 30 % des jeunes de 16 à 24 ans, selon le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof). En Chine, au Japon et en Corée du Sud, dans les zones urbaines, la proportion de myopes atteint les 80 à 90 % chez les jeunes en fin de secondaire, d’où l’hypothèse que d’autres facteurs environnementaux pourraient expliquer cette augmentation.

Jouez dehors !

Dans une étude parue en 2012 dans la revfue médicale britannique The Lancet, le Pr Ian Morgan, de l’université de Canberra, en Australie, met en avant le manque d’exposition à la lumière naturelle. Selon lui, la lumière vive stimule la production d’un neurotransmetteur, la dopamine, connue pour réguler la croissance de l’œil. Sécrétée en quantité suffisante, elle bloquerait ainsi l’allongement excessif de celui-ci.
Une hypothèse corroborée par une autre étude, parue dans la revue Investigative Ophtalmology & Visual Science. Des chercheurs britanniques ont analysé les tests visuels de 7000 garçons et filles anglais suivis entre l’âge de 7 et 15 ans. Les parents devaient indiquer le nombre d’heures hebdomadaires passées à l’extérieur par les enfants entre leurs 8 et 9 ans. Il apparaît que ceux qui ont le plus joué dehors (trois heures par jour au moins en été et une heure ou plus en hiver) sont moins nombreux à être myopes à l’âge de 15 ans que ceux ayant passé plus de temps à l’intérieur, et ce, quelle que soit l’intensité de l’activité physique pratiquée pendant ces temps de jeux extérieurs. Inciter les enfants à passer plus de temps dehors pourrait ainsi contribuer à limiter la recrudescence de la myopie dans la population. Mais cette hypothèse reste à confirmer.