Mieux dépister les hépatites B et C

Améliorer le dépistage. C’est l’une des propositions phares du rapport d’experts sur « la prise en charge des personnes infectées par les virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C », remis le 19 mai à la ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine par l’Agence française de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS) et l’Association française pour l’étude du foie (AFEF).

En France, environ 500 000 personnes sont infectées par l’un des deux virus hépatiques. Or près de la moitié d’entre elles l’ignorent. C’est une perte de chance de guérison -lorsque ces infections ne sont pas traitées, elles risquent d’évoluer vers une cirrhose ou un cancer du foie-, mais aussi des risques de nouvelles contaminations. Ces virus, transmis par le sang et également pour le virus de l’hépatite B, par voie sexuelle et de la mère à l’enfant, entraînent la mort de 4000 malades par an en France.

Améliorer la vaccination des adolescents contre l’hépatite B

Le rapport préconise ainsi d’élargir le dépistage au delà des groupes à risques (usagers de drogue, personnes détenues, migrants, etc), aux hommes âgés de 18 à 60 ans et aux femmes enceintes dès la première consultation prénatale, en couplant le dépistage du virus de l’hépatite B et du virus de l’hépatite C à celui du Vih. Les experts recommandent également une plus grande utilisation des tests d’orientation diagnostique (TROD), déjà utilisés pour le dépistage du virus du sida, car cette méthode de dépistage rapide permet de toucher des sujets à risques marginalisés et/ou ne fréquentant pas ou peu les structures médicales et hospitalières. La validation des TROD pour l’hépatite C est déjà établie et elle est en cours pour l’hépatite B.

Autre recommandation : améliorer la participation à la vaccination contre l’hépatite B, laquelle a chuté depuis dix ans. La couverture vaccinale des nourrissons est en nette augmentation depuis 2008 (elle atteint les 80%), mais celle des usagers de drogues (inférieure à 50%) et des adolescents (la couverture vaccinale dans ce groupe d’âge est passée de 62% en 2000-2001 à 43% en 2008-2009) reste insuffisante, alors même qu’ils cumulent des comportements à risque (tatoutages, percing, multiples partenaires sexuels, etc).

Révolution thérapeutique et inégalités de santé

Le rapport revient sur les progrès thérapeutiques contre l’hépatite C. L’arrivée en 2014 de nouvelles molécules antivirales conduit à l’éradication du virus -des taux très élevés de guérison sont en effet obtenus, jusqu’à 90% -, et à la diminution du risque de cancer du foie et les recours à la transplantation hépatique. L’envers de la médaille est leur coût prohibitif, ce qui conduit à revoir le rapport coût/efficacité du traitement. Le rapport tend ainsi « à privilégier aujourd’hui le traitement chez les patients ayant le risque le plus élevé de progression de leur infection ». Il est ainsi suggéré de « traiter en priorité les patient ayant au moins une fibrose significative, et quel que soit le stade de fibrose, les patients ayant des manifestations extra-hépatiques, ceux en attente de transplantation ou encore les femmes ayant un désir de grossesse, les usagers de drogues et les détenus ».

Les experts pointent également du doigt les inégalités sociales de santé chez les personnes lourdement frappées par les hépatites C et B et insistent sur le fait que « leur prise en charge ne peut se restreindre à la seule composante médicale ». Il s’agit d’améliorer la couverture médicale complémentaire santé, le droit de séjour pour raisons médicales mais aussi de lutter contre les refus de soins.