Même si la mémoire n’est plus qu’un souvenir…

Des ateliers mémoire, Marie-Christine Ingigliardi, la pétillante animatrice de la Mutuelle de France 04-05, en propose depuis plus de quinze ans, sillonnant inlassablement les deux départements alpins. Ses ateliers stimulent la curiosité, font réfléchir et sourire ; ils créent des passerelles entre les gens et les univers. Un bel exercice de décloisonnement qui autorise des rencontres improbables.

Le secret de cette alchimie ? Marie-Christine s’adresse avant tout à des citoyens, sans se prendre au sérieux, avec une fibre collective et mutualiste bien assumée. Ce faisant, elle éveille l’universalité de chacun avec un mélange de bon sens, de générosité et de fantaisie. Et se pose régulièrement des questions sur l’évolution de sa pratique : « Un jour, j’ai réalisé que l’on ne proposait rien pour les personnes dont les facultés s’étaient amenuisées », confie-t-elle.

Pour relever ce défi, Marie-Christine, avec la mutuelle, a réfléchi à une initiative de prévention dite « secondaire » dédiée à ce public. La rencontre avec la directrice de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) de Peipin (Alpes-de-Haute-Provence) a scellé le projet : un matin d’été, Marie-Christine est venue, sous l’œil curieux des résidents, y animer un atelier mémoire adapté. Depuis, elle les retrouve une fois par semaine.

Pour stimuler leur mémoire, Marie-Christine chante les airs qui ont bercé leur jeunesse. Sa voix mélodieuse s’élève dans le réfectoire et, autour d’elle, les yeux s’embuent, les lèvres murmurent et les souvenirs affleurent. Les visages ridés se déplissent, s’ouvrent, les regards fatigués s’éclairent, les gens se découvrent, se parlent, au terme d’un processus un peu lent, comme si les ressorts nécessaires à la communication étaient un peu rouillés. André, ancien facteur, entonne à son tour des chansons à texte. Et tout le monde de reprendre les couplets.

Lina, ex-institutrice, ravie, le supplie de continuer, ainsi, tous les jours… Au loin, une dame à l’expression égarée chemine au bras de son mari. Ce dernier décline avec un sourire triste l’invitation de Marie-Christine à les rejoindre. Pourtant ils s’assiéront non loin de là. Parce que la vie y palpite. Une heure durant, le petit groupe fixe des images, des listes de mots, pour les mémoriser puis scrute des photos d’artistes connus. Et quand de nouvelles chansons sont entonnées, voilà que la dame désorientée sort de sa torpeur, sourit et se met à chanter sous l’œil stupéfait et bouleversé de son mari.

L’atelier ne durera qu’une heure, car « il faut s’adapter à leur grand âge, à leur capacité de concentration », glisse Marie-Christine, émue. « La mémoire c’est comme un écheveau de laine, on tire les fils et ça vient au fur et à mesure », sourit-elle.

Quand elle part, ils sont nombreux à regarder sa silhouette s’éloigner.