Lors d’une conférence de presse tenue ce matin, 13 janvier, à Paris, l’association de consommateurs Ufc-Que choisir et l’Association française des diabétiques (Afd) ont fait, à la suite de l’affaire du Mediator, quatre propositions pour réformer le processus d’autorisation de mise sur le marché (Amm) des médicaments et son suivi.

La première préconise la création d’une haute autorité d’expertise indépendante pour limiter l’influence de l’industrie pharmaceutique et les conflits d’intérêts.

Selon l’Ufc, en 2007, sur les 2000 experts extérieurs travaillant pour l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), 71% déclaraient des liens d’intérêt avec les laboratoires. Encadrement de leurs essais cliniques, activités de conseil… Toutes les firmes sont concernées. « Le vice-président de la commission de la pharmacovigilance a travaillé pour le laboratoire Servier pendant cinq ans, affirme Ufc. Il a été présent à toutes les réunions sur le Mediator. »

Les associations demandent également que le système soit revu au niveau européen. Actuellement, chaque Amm est assortie d’un chèque du laboratoire à l’agence sanitaire nationale qui valide le médicament, c’est donc le « clientélisme » qui prime, les laboratoires faisant jouer la concurrence entre pays…

La deuxième proposition concerne l’encadrement des prescripteurs. Il y a, en France, 1 visiteur médical pour 9 médecins libéraux, soit deux fois plus qu’en Allemagne et qu’en Grande-Bretagne et quatre fois plus qu’aux Pays-Bas. Résultat, les prescriptions sont « largement orientées » (rappelons que dans plus de 60 % des cas le Mediator a été prescrit à des fins qui n’ont rien à voir avec les indications de l’Amm) et les dépenses de médicaments explosent : en 2007-2008, celles-ci étaient supérieures de 40 % à celles de nos voisins.

« La communication des laboratoires parasite celle des agences de santé car leur budget est insuffisant. Que valent les 101 millions d’euros annuels de l’Afssaps face aux 2,4 milliards d’euros que l’industrie consacre à sa seule information médicale? » interroge l’Ufc.

Pour contrer les 20 000 visiteurs médicaux employés par les laboratoires, l’assurance-maladie a bien 1000 délégués qui tentent de diffuser une autre information auprès des médecins, mais jusqu’à présent leur action est timide… L’Ufc suggère de la développer.

En troisième point, les associations demandent l’amélioration des règles de transparence dans la prise de décision et une meilleure coordination des différentes instances qui y participent.

Pour que les responsabilités ne soient pas diluées et que les alertes soient suivies d’effet, elles exigent que l’accès aux études sur lesquelles se fondent les commissions soit libre et que leurs débats soient rendus publics, que toutes les conclusions soient motivées et que le dispositif de remontée des informations sur les effets indésirables soit renforcé.

Dernière proposition : l’Ufc et l’Afd plaident pour que l’expertise profane, celle des patients, soit reconnue. C’est eux, en effet, qui prennent les médicaments. Or, aujourd’hui, les usagers ne sont pas entendus.

Enfin, les deux associations lancent une pétition* pour qu’une réforme de fond de la politique du médicament soit entreprise.

Pour voir la pétition :

http://petition.afd.asso.fr/