Mediator : le procès pénal s’ouvre à Nanterre

 

Suspendu il y a un an pour des « raisons de procédure », le procès pénal du Mediator pour « tromperie aggravée » reprend le 21 mai au tribunal correctionnel de Nanterre.

 

Commercialisé de 1976 à 2009 en France par les laboratoires Servier, ce médicament présenté comme antidiabétique mais surtout prescrit comme coupe-faim, pourrait entraîner la mort de 220 à 300 personnes à court terme et de 1 300 à 1 800 personnes à long terme, selon un rapport d’experts publié le 12 avril dernier.

Le scandale a été révélé en 2010 par la pneumologue Irène Frachon dans un livre Mediator : combien de morts ?  (éd. Dialogues, 15,90 €).

« Le Mediator a brisé ma vie, je veux que Servier soit puni »

Aujourd’hui, 700 victimes se sont portées partie civile et demandent réparation. Michel, soixante-huit ans, en fait partie. Pendant six ans, sur les conseils de son médecin traitant, il a pris du Mediator tous les jours. Il souffre aujourd’hui d’une valvulopathie (déformation des valves cardiaques) sévère. « Le Mediator a brisé ma vie. Je veux que Servier soit puni. J’étais un retraité tranquille. Aujourd’hui je souffre, ma femme et mes enfants aussi » , confiait-il à Viva l’année dernière à la veille du procès.

Comme Michel, les victimes du Mediator accusent le laboratoire Servier de les avoir « délibérément trompées » sur la nature du médicament et, notamment, de leur avoir caché « la nature anorexigène » de son principe actif, le benfluorex, à l’origine de valvulopathie et d’hypertension artérielle pulmonaire, une maladie rare en temps normal, mais grave.

Le Mediator aurait dû être retiré du marché dès 1998

« L’absence d’informations lisibles concernant le métabolisme du benfluorex et sa parenté avec les anorexigènes n’a pas permis aux praticiens d’exercer une surveillance adéquate des patients sur le plan cardiovasculaire et pulmonaire », pointait le rapport d’experts d’avril 2013. Il précisait également qu’en raison des alertes le Mediator aurait dû être retiré du marché dès 1998.

Le procès pénal aura-t-il lieu cette fois ou sera-t-il, une fois de plus, reporté à la demande des avocats de Servier ? C’est la question que toutes les victimes, qui ne voulaient pas prendre le risque d’une procédure trop longue, comme c’est souvent le cas dans les affaires de scandales sanitaires, se posent. Certaines, en effet, sont âgées et en mauvaise santé. Jacques Servier, lui-même, a quatre-vingt-onze ans.

Parallèlement au procès, une instruction est en cours au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris. Elle devrait aboutir à un procès en 2014.

 

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