Il incarnait à lui seul le scandale du Mediator. Jacques Servier, président et fondateur du groupe pharmaceutique du même nom est décédé le 16 avril, à l’âge de 92 ans.

Ce fils d’industriel avait racheté en 1954 un petit laboratoire à Orléans, qui fabriquait un sirop contre la toux. En 1955, il lançait ses deux premières molécules et n’avait dès lors eu de cesse de faire grossir son entreprise. Avec un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros en 2013, le groupe Servier est actuellement le deuxième laboratoire pharmaceutique français en termes de ventes, derrière Sanofi.

Sa disparition survient alors qu’un «procès du Mediator» visant tous les acteurs du scandale sanitaire était attendu au 1er semestre 2015. Commercialisé de 1976 à 2009 en France par les laboratoires Servier, le Mediator présenté comme antidiabétique mais surtout prescrit comme coupe-faim, est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait entraîner la mort de 220 à 300 personnes à court terme et de 1 300 à 1 800 personnes à long terme, selon un rapport d’experts publié en avril 2013.

Un grand procès est attendu en 2015

Le procès se tiendra donc, mais sans lui. Une première enquête porte notamment sur des faits de tromperie, d’escroquerie et de trafic d’influence. Une seconde concerne des faits d’homicides et blessures involontaires, et de l’éventuelle causalité entre la prise de Mediator et les pathologies développées par chacun des plaignants. Jacques Servier était poursuivi avec plusieurs sociétés de son groupe pour « tromperie aggravée ».

La pneumologue Irène Frachon, qui avait alerté sur les effets cardiaques du Mediator, a réagi à la disparition de l’industriel en estimant que « Jacques Servier est parti en étant démasqué », et que « son groupe devrait assumer ses responsabilités jusqu’au bout », faisant référence à l’épineuse question de l’indemnisation des victimes. « Si la personne a disparu, le nom de Jacques Servier et ses collaborateurs auront à répondre des crimes devant la justice (…). On attend de l’instruction la vérité et la justice », a ajouté la pneumologue.