
Elle a un humour trash mais qui percute. Journaliste, autrice et stand-uppeuse, Marie de Brauer nous interpelle sur les combats qu’elle mène, en particulier la grossophobie. Entretien avec une trentenaire pétillante et bien dans sa peau.
Depuis quand utilisez-vous l’humour pour faire passer vos messages ?
Il n’y a pas si longtemps ! J’ai débuté avec des études de journalisme et j’ai commencé ma vie professionnelle dans ce secteur. Je voulais faire un métier « sérieux ». Mon poids ne posait pas de problème dans ce milieu, mais pouvait en poser pour d’autres personnes et quand j’en ai pris conscience, ça ne m’a pas fait rire. Je me suis très vite rendu compte des discriminations que les personnes grosses subissaient au travail et dans la vie en général et j’ai voulu en parler. J’ai réalisé un documentaire sur le sujet en 2020*, où je raconte mes difficultés et où j’aborde les stéréotypes, les idées reçues sur ce que les personnes grosses vivent au quotidien. J’ai écrit aussi deux BD. Il y a un peu plus de deux ans, je me suis lancée dans le stand-up et j’ai adoré être sur scène. J’ai décidé de ne faire que ça.
GROSSOPHOBIE : terme qui désigne les stigmatisations et discriminations dont sont souvent victimes les personnes obèses ou en surpoids. Récemment, il est entré dans le dictionnaire.
Qu’est-ce qui vous touche le plus dans votre combat contre la grossophobie ?
C’est vraiment une discrimination ! Après mon documentaire, j’ai reçu beaucoup de témoignages très émouvants de personnes grosses. Je me suis sentie en accord avec elles. On souffre toutes et tous des mêmes choses : les problèmes de fringues, les régimes à répétition, le sexe, l’école, le rapport avec les parents… Moi, je n’ai pas tout de suite pris conscience que j’étais grosse. Petite, j’étais un peu hors normes : un peu plus grande que les autres, un peu au-dessus de la courbe de croissance, dans le carnet de santé… Je m’en suis rendu compte après et j’ai vu qu’on subissait tous la même humiliation. Ça m’a interrogée sur moi-même.
Sur les réseaux, je suis la cible de commentaires haineux, humiliants, tous basés sur le fait que je suis grosse !
Votre engagement contre la grossophobie est aussi féministe et politique ?
Complètement. Féministe, parce que les femmes grosses sont plus discriminées et encore trop victimes des clichés de la mode, des injonctions de maigreur… et politique parce qu’il y a encore beaucoup à faire pour combattre ce fléau. On a pris conscience de ce sujet, il y a dix ans. A l’époque, on en parlait beaucoup et maintenant c’est un peu passé, ce n’est plus trop actuel, donc il faut continuer parce que le problème est loin d’être résolu ! En tant qu’humoriste sur scène, je peux faire passer des messages. Je le fais aussi sur les réseaux, même si je suis la cible de commentaires haineux, humiliants, tous basés sur le fait que je suis grosse !
Est-ce que le milieu médical a pris conscience de la grossophobie ?
Ça avance, un peu. Aujourd’hui, les médecins se rendent mieux compte des nombreux problèmes des personnes grosses. Mais on est encore loin de bien les soigner. Par exemple : les médicaments anti obésité sont très souvent mis en avant. Et comme il y a le choix et que maintenant tous les médecins peuvent en prescrire, la demande est encore à vouloir maigrir à tout prix et non pas à s’accepter en tant que personne grosse. Ces médicaments ont beaucoup d’effets secondaires, on n’a pas assez de recul et ça, on n’en parle pas. Moi, j’ai compris que je devais accepter mon corps. Je commence à y arriver. Ce n’est plus une obsession. Je fais du sport plusieurs fois par semaine, j’essaie de faire attention à ce que je mange… Mon poids ne doit pas m’empêcher de faire des choses ou de parler de certaines choses.
* La Grosse vie de Marie, documentaire écrit et incarné par Marie de Brauer, réalisé par Estelle Walton.
L’actu de Marie :

• Son spectacle En rodage est complet mais de nouvelles dates sont disponibles en 2026. Billetterie ici.
• Sur les réseaux sociaux, elle anime le podcast « Tchatcheuse » et poste des vidéos (198 000 abonnés sur Instagram)
• Sa chronique sur France Inter
• Ses BD : Ne jamais couler, Une BD qui parle de cul, éditions Leduc Graphic, 19,90 euros.



























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