Avocate à Nice, Marie-Christine Renucci ferraille depuis vingt-cinq ans sur plusieurs fronts de la justice sociale. Administratrice de la Mutuelle Familiale depuis juin dernier, elle y défend sa vision d’une « société plus harmonieuse »

Dans son bureau que borde une rue passante du cœur de Nice, Marie- Christine Renucci prend volontiers sur son temps pour parler de ce qui lui est cher : la justice sociale. Fille d’une mère cadre infir- mière et d’un père délégué Force ouvrière à la caisse primaire d’assu- rance-maladie, cette native d’Antibes sourit : « On a le social à cœur et à corps dans la famille! Mes parents m’ont donné un bel exemple d’enga- gement, tant sur le plan de la santé que sur celui des droits. Mon action est un continuum de la leur. » Avocate de cinquante et un ans, elle a prêté serment en 1994. Vingt-cinq ans de « barre », durant lesquels elle œuvre essentiellement dans le droit de la famille. « Lorsqu’on est avocat, on est le porte-parole des gens que l’on défend. Eh bien, en tant que mutuelle aussi », résume-t-elle avec simplicité. Désignée déléguée de La
Mutuelle Familiale il y a un peu plus de cinq ans, Marie-Christine est élue administratrice en juin 2018, une fonction qu’elle cumule avec celle de trésorière adjointe.
L’engagement mutualiste ? « Un combat, un beau combat ! », clame-t-elle dans son cabinet, où s’entassent pochettes colorées et jolis bibelots. « La Sécurité sociale est un acquis extraordinaire actuellement grignoté, remis en cause ; avec un trans- fert de charges de l’Etat vers les salariés, les chômeurs, les retraités, les mutualistes… C’est un vrai choix de société qui se dessine là. Moi, je crois qu’il y a un socle – fondateur – que nous devons conserver. C’est un capital inaliénable. La santé a un coût, mais elle n’a pas de prix. »

Celle qui veille au respect des droits des mineurs isolés dans les Alpes-Maritimes et parraine l’éducation d’une petite fille à Madagascar enfonce le clou : « Une mutuelle, ce n’est pas juste se faire rembourser des médicaments ! C’est un passeport sur la vie. » Volubile, elle poursuit : « Ce qui est beau dans une mutuelle, c’est la base. Son cœur, c’est l’adhérent. Une mutuelle ressemble à un puzzle où les pièces s’ajustent les unes aux autres. Le corps mutualiste c’est ça : si un membre souffre, tout le monde est là pour qu’il aille mieux. » Marie-Christine voit aussi dans la mutuelle un lieu d’échange essentiel entre le groupe et l’individu : « A La Mutuelle Familiale, on sert une personne qui a une vie, une voix. On se parle, on s’écoute, on avance. C’est un exercice de démocratie par- ticipative passionnant ! Surtout dans un monde avec tant d’interfaces, c’est agréable que des choses soient incarnées, qu’on ait des gens à qui parler. »

Fan de natation, « en fille du Sud », et passionnée par l’Italie, notamment sa période baroque, l’avocate se nourrit de l’expérience de la mutualiste et inversement. « En tant que spécialiste du droit civil, je vois chaque jour la paupérisation d’une partie de la population. Des personnes qui doivent choisir entre se loger, se nourrir et se soigner… Cela a forcément un impact sur mon action mutualiste », confirme-t-elle. Avant de s’élever contre toute « marchandisation de la santé » : « Nous devons être compétitifs, bien sûr. Mais dans le respect de nos valeurs. Nous sommes une mutuelle humaniste, et l’homme n’est pas une marchandise. »

Coralie Bonnefoy