Tourner de l’oeil, tomber dans les pommes, s’évanouir… Autant d’expressions pour désigner une perte
de connaissance soudaine. Ces malaises sont souvent bénins, mais il convient malgré tout de consulter.
Dans le langage courant, le mot « malaise » désigne aussi bien un étourdissement, une sensation de vertige ou d’anxiété, qu’un évanouissement. Le langage médical, lui, est plus précis. S’il s’agit d’une perte de connaissance brève – généralement pas plus de vingt secondes, plus rarement quelques minutes – suivie d’une reprise rapide et totale de conscience, on parle de syncope. L’exemple le plus typique est la personne qui s’effondre, reste inerte quelques secondes, puis revient à elle, les idées à peu près claires.

Dans certains cas, il y a des signes avant-coureurs (nausées, troubles visuels et auditifs, transpiration, faiblesse extrême…). Le malaise peut s’accompagner de vomissements. Quand la personne ne perd pas complètement contact avec ce qui l’entoure, on parle de lipothymie.

Celle-ci a fait brièvement l’actualité en juillet 2009, au moment du « malaise lipothymique » de Nicolas Sarkozy lors d’un jogging. Moins spectaculaire, elle doit être considérée avec le même sérieux que la syncope.

L’évanouissement est provoqué par une diminution du flux sanguin vers le cerveau, qui se retrouve brutalement privé d’oxygène. Les causes de cette baisse de débit sanguin sont multiples, aussi convient-il de consulter son médecin. Si la majorité des malaises sont bénins, certains peuvent être le symptôme d’un problème grave, cardiaque en particulier.

Cependant, dans un tiers des cas environ, le malaise reste inexpliqué. C’est pour cette raison que des centres spécialisés voient le jour en Europe. Le premier Centre de la syncope a été créé à Lyon en 2006 à l’hôpital de la Croix-Rousse. Il propose à des patients déjà hospitalisés ou adressés là par des médecins libéraux un bilan spécifique et un traitement dont l’efficacité est vérifiée au cours des semaines suivantes. L’hôpital de la Timone, à Marseille, a ouvert une unité de diagnostic pour les cas de syncopes qui se présentent aux urgences.

Malaise vagal, le plus banal

« Je faisais la queue au self-service, dans une salle de resto bruyante et surchauffée, quand j’ai commencé à me sentir mal : vision floue, sons assourdis, bouffée de chaleur et, surtout, une immense fatigue, au point de ne plus pouvoir tenir debout. J’ai pensé que j’allais m’évanouir, et puis plus rien », raconte Brigitte. Le responsable du malaise vagal est le nerf vague (ou pneumogastrique), qui va de l’estomac au cerveau en passant par le cœur, dont il ralentit les battements. Il fait, en quelque sorte, un excès de zèle, ce qui provoque une chute de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle.

Les facteurs déclenchants sont physiques ou psychologiques : la station debout prolongée, un environnement confiné, la chaleur, un repas trop copieux et bien arrosé ou, à l’inverse, la faim, une violente douleur, un effort intense, mais aussi la peur des piqûres, la vue du sang, le trac, une grosse émotion (examen, mariage…), etc.

« C’est le type de malaise le plus fréquent, surtout chez les jeunes. Les circonstances dans lesquelles il intervient permettent de facilement l’identifier, explique le Dr Claude Perrot, médecin généraliste en Franche-Comté. Il est bénin. Le seul risque est celui d’une chute éventuelle. »

Dans ce groupe de syncopes, on trouve aussi le malaise par hypersensibilité du sinus carotidien, situé dans le cou – certains mouvements de la tête, un col de chemise trop serré, un rasage un peu appuyé le provoquent –, et la syncope dite situationnelle, car associée à des actions spécifiques comme le fait d’uriner ou d’avoir une crise de toux.

Chute brutale de la tension

« J’étais malade et couché depuis plusieurs jours. J’ai eu besoin d’aller aux toilettes et je me suis levé rapidement, trop rapidement sans doute. J’ai eu la tête qui s’est mise à tourner, et puis le trou noir… », explique Clément. Ce témoignage est représentatif d’un malaise lié à « l’hypotension orthostatique ».

Alors que la tension artérielle est déjà basse, le corps, en passant rapidement de la station allongée (ou assise) à la station debout, n’a pas eu le temps de la réguler. Le sang n’est pas monté suffisamment vite au cerveau. Une déshydratation, une longue période d’alitement, une grossesse, la prise de certains médicaments, en particulier les traitements contre l’hypertension, les varices, l’alcool, le diabète, qui peut endommager le système nerveux, ou des maladies comme celle de Parkinson sont des facteurs de risque. Les personnes âgées y sont plus sujettes que le reste de la population.

Malaise cardiaque : un cas d’urgence médicale

Plus rarement, le malaise peut être provoqué par des arythmies (troubles du rythme cardiaque) ou par une cardiopathie (maladie du cœur). C’est ce type de problème que le médecin va essayer de détecter, en urgence ou plus tard, en consultation.

Parmi les 30 000 personnes qui décèdent de mort ­subite chaque année, un certain nombre avaient été auparavant victimes de syncopes qu’elles avaient négligées. Parce que ce type de malaise peut être précurseur d’un arrêt cardiaque, il est nécessaire d’alerter les secours. Ce malaise se traduit souvent par une forte douleur qui « serre » la poitrine et peut irradier vers le cou, les bras, le dos ou la mâchoire. Il peut s’accompagner d’essoufflement, de nausées, de vomissements, de sueur. Mais attention : personne n’éprouve les mêmes symptômes avec la même intensité, il faut donc être très vigilant.

Les gestes préventifs

Si l’évanouissement est souvent occasionnel, la récidive n’est pas rare. Elle augmente d’ailleurs avec l’âge. La meilleure solution, dans le cas des malaises vagaux, est d’éviter, si possible, les situations à risque comme les endroits surpeuplés et trop chauds, les cols serrés ou autres facteurs déclenchants répertoriés.

Il est conseillé aussi d’anticiper le malaise en apprenant à en reconnaître les signes précurseurs et à faire les gestes qui évitent de perdre connaissance : par exemple, s’adosser à un mur ou s’allonger. Quand les malaises sont très fréquents et imprévisibles, et qu’ils exposent le patient à de grands risques d’accident, des traitements, médicamenteux ou non, sont proposés.

Des exercices physiques, notamment de contre-pression isométrique (croiser les jambes, serrer les mains…), sont préconisés par la Haute Autorité de santé pour lutter contre les malaises vagaux et l’hypotension orthostatique. Quant aux causes cardiaques, elles font l’objet d’une prise en charge adaptée avec, lorsque c’est nécessaire, la pose d’un stimulateur ou d’un défibrillateur implantable.