Au cours d’un colloque sur la souffrance au travail organisé par la Mutuelle de
France-Sud, Serge Jacquet, son président,
et Jean-Paul Benoit, vice-président
de la Fmf, ont présenté deux tables rondes.
Le 19 novembre dernier, la Mutuelle de France-Sud a organisé à Marseille un colloque sur les risques psychosociaux intitulé « Etre heureux au travail, est-ce possible ? ». Au programme, deux tables rondes sur les causes du malaise au travail. En effet, selon une étude de l’observatoire régional de la santé, 1 salarié sur 4 en Région Paca est victime de stress professionnel, tandis que 1 sur 7 présente des symptômes dont on est certains qu’ils sont causés par le stress.

« Le travail n’est pas un lieu neutre, c’est un enjeu fort de la construction de l’individu, du rapport aux autres. Se construire dans son travail, c’est lui donner du sens, appartenir et participer à un collectif », a analysé Frank Martini, psychosociologue du travail et directeur de publication de la revue les Cahiers des risques psychosociaux.

Le sentiment d’être disqualifié

Or, les évolutions structurelles au sein des sphères productives des entreprises ont développé des logiques de management à outrance, de recherche d’objectifs à court terme qui ont disloqué les métiers, isolé les salariés avec le sentiment d’être disqualifiés et créé de la souffrance.

Le phénomène peut être difficilement repérable au sein de l’entreprise ; le rôle du médecin du travail est alors capital : « Il connaît le contexte, la réalité du poste de travail, et peut aider à trouver des solutions », a expliqué Alain Viaud, médecin de santé publique qui consulte aussi au sein du centre de santé mutualiste Pierre-Calisti, à La Ciotat, en soulignant l’importance de la prise en charge globale proposée dans les centres de santé et le soutien que peuvent apporter les associations de victimes ou de malades.

Le cadre institutionnel et les obligations de l’employeur ont été rappelés par Sylvie Brico, directrice adjointe du pôle politique du travail à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) : rédaction d’un document unique d’évaluation des risques, mise en œuvre de mesures de prévention de la discrimination et du harcèlement moral, consultation des représentants du personnel, etc.

Dans la salle, deux interventions soulignaient la nécessité d’adapter des dispositifs existants aux très petites entreprises et le rôle d’un intervenant majeur : le service social d’entreprise.

« Imaginer de nouvelles réponses »

La souffrance au travail s’exprime aussi dans le cabinet des psychiatres, comme en a témoigné le Dr Antoine Tramoni : « Ces personnes ne sont pas des malades. Le danger serait de médicaliser des manifestations de stress qui nécessitent une approche beaucoup plus globale. »

« Nous sommes passés d’un déni de ces risques à une identification assez fine, a fait observer Serge Jacquet en manière de transition ; il s’agit à présent d’échanger et d’imaginer de nouvelles réponses sur un mode résolument collectif. »

D’où l’intervention de Véronique Soirot, responsable de secteur à la Mgts, qui a relaté la mise en place du document unique au sein de l’Union de gestion des réalisations mutualistes (Ugrm) de Toulouse.

A son tour, Patrick Abeto, responsable Rsi de la Mutuelle de France-Sud, a détaillé le plan de gestion du stress et des risques psychosociaux élaboré par la mutuelle en collaboration avec les salariés et les différentes instances représentatives du personnel (CE, Chsct, syndicats, etc.).

Enfin, le colloque s’est conclu sur la présentation par son président, Thierry Braillon, de la Mutuelle souffrance et travail : une mutuelle dont la seule prestation est l’accueil des salariés victimes de risques psychosociaux.