Les gingivites sont des affections bucco-dentaires fréquentes, mais les personnes qui en souffrent négligent souvent de se faire soigner. Or, traiter cette maladie parodontale dès les premiers saignements de gencives limite les complications.

 

Le stress favorise les gingivites

La gingivite est la plus courante des maladies parodontales. Elle touche 60 % de la population française. Il s’agit d’une inflammation de la gencive en réaction à la plaque dentaire. « Les bactéries s’accumulent progressivement sur les surfaces dentaires et en profondeur dans les sillons gingivodentaires, provoquant chez certaines personnes une réaction inflammatoire », explique le Pr Henri Tenenbaum, responsable du département de parodontologie de la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg. Outre la mauvaise hygiène dentaire, certains facteurs, comme la consommation de tabac et d’alcool, le diabète mal contrôlé, mais aussi le stress favorisent la gingivite. Une étude cosignée par le Pr Tenenbaum montre que le cortisol, l’hormone du stress, stimule la prolifération d’un des principaux agents des maladies parodontales, la bactérie Porphyromonas gingivalis.

Des gencives qui saignent

Une fois la gingivite installée, la gencive gonfle, saigne, devient rouge et douloureuse. A ce stade, la situation est réversible et peut être enrayée par un nettoyage approfondi de la plaque dentaire chez le dentiste. La prévention passe par un brossage minutieux des dents deux fois par jour, complété d’un nettoyage des espaces interdentaires avec du fil dentaire ou une brossette. Lorsque la gingivite n’est pas traitée, l’inflammation progresse et, dans 10 à 15 % des cas, peut évoluer en parodontite. « La plaque dentaire s’insinue alors en profondeur entre la dent et la gencive, créant une poche, et favorisant la prolifération des bactéries pathogènes, explique le Pr Tenenbaum. L’os alvéolaire, qui soutient la dent, va progressivement être détruit, la gencive se rétracte. La dent commence à bouger, par manque de soutien. Ce sont des signaux d’appel qu’il ne faut en aucun cas négliger. » Il s’agit d’un processus lent, mais si, à terme, aucun soin n’est engagé, la dent risque de tomber. Le dentiste procède à un détartrage approfondi de toutes les poches parodontales de façon à éliminer les bactéries responsables de l’inflammation. Dans les formes les plus agressives, le détartrage profond peut être combiné à la prise d’antibiotiques. « Lorsque l’on fait disparaître l’inflammation, la dent parvient à se stabiliser, explique le Pr Henri Tenenbaum. Avec une hygiène correcte et un suivi régulier on réduit les pertes dentaires. Mais nous ne disposons pas encore de méthodes efficaces capables de régénérer l’os alvéolaire qui a été détruit. »

Aller chez le dentiste tous les ans

Il est donc important de ne pas négliger la visite annuelle chez le dentiste pour un contrôle et un détartrage, car une bonne hygiène bucco-dentaire pourrait aussi permettre de se protéger contre d’autres maladies plus graves. Pour preuve : il a été montré que les maladies parodontales étaient liées à l’augmentation du risque de survenue d’affections pulmonaires et cardio-vasculaires. En 2013, des chercheurs américains de l’université Columbia, à New York, ont ainsi constaté un lien étroit entre la quantité de bactéries pathogènes impliquées dans les parodontites et présentes dans la plaque dentaire et l’évolution de l’athérosclérose, le dépôt de plaques de graisses sur la paroi des artères, à l’origine de maladies coronariennes. « A chaque fois que l’on mange ou que l’on se lave les dents, des bactéries de la plaque dentaire peuvent se disséminer insidieusement dans la circulation sanguine, altérant au passage les parois des artères, les cellules du pancréas, du poumon, etc. », explique le Pr Tenenbaum. L’autre théorie repose sur la composante inflammatoire de la maladie, laquelle conduit à la libération de substances actives dans l’organisme, les cytokines. Ces molécules peuvent être véhiculées par la circulation sanguine dans tout l’organisme et y déclencher des inflammations dans divers organes, et, en cas de grossesse, par exemple, provoquer un accouchement prématuré lorsque l’inflammation touche le placenta.

 

Deux brossages par jour suffisent
Se brosser les dents trois fois par jour, c’est fini ! Selon l’Union française
pour la santé bucco-dentaire (Ufsbd), cette ancienne recommandation serait incompatible avec notre mode de vie. Seulement un Français sur quatre aurait adopté ce réflexe après chaque repas. Désormais, un brossage matin et soir est suffisant, car la plaque dentaire met douze heures à se former. A condition de ne pas lésiner sur le temps de brossage, deux minutes au minimum,
contre quarante-trois secondes en moyenne chez les Français. L’Ufsbd recommande de mâcher après le repas du midi un chewing-gum sans sucre, la salive issue de cette mastication permettant de protéger l’émail des dents. Un conseil à prendre avec des pincettes, car cet organisme est sponsorisé, entre autres, par Freedent…

La carie, un marqueur d’inégalités sociales
Favorisée par une hygiène insuffisante, par une alimentation trop sucrée et par un recours trop tardif aux soins, la carie détruit les tissus durs de la dent. Selon une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), la part
des enfants sans caries est passée de 12 à 56 % depuis la fin des années 1980. Toutefois, l’étude met en avant des disparités selon le milieu social des parents, tant en ce qui concerne l’état de santé bucco-dentaire que le recours au dentiste. Ainsi, au moment de l’étude, 9 enfants de cadres âgés de 6 ans sur 10 n’ont jamais eu de caries, contre 7 enfants d’ouvriers sur 10. Ces derniers consultent également moins. 69 % des enfants d’employée âgés de 5 à 15 ans et 60 % des enfants d’ouvrière ont consulté un dentiste dans les douze derniers mois, contre 79 % des enfants dont la mère est cadre, alors que la Haute Autorité de santé préconise une visite annuelle dès l’apparition des dents de lait. Résultat : les caries sont repérées plus tardivement. En maternelle, à l’examen de santé obligatoire, 4 % des enfants de cadres ont au moins une carie non soignée, contre 23 % des enfants d’ouvriers.