Maladies cardio-vasculaires : les femmes aussi en sont victimes

Les maladies cardio-vasculaires tuent plus de femmes que d’hommes. La Fédération française de cardiologie tire la sonnette d’alarme pour que ces affections soient mieux prises en charge chez les femmes.

Les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes ménopausées. Elles tuent une femme sur trois. Elles provoquent quatre fois plus de décès que le cancer du sein et on n’en parle pas. » Un silence que le Pr Claire Mounier-Véhier, chef du service de médecine vasculaire et d’hypertension artérielle au Chru de Lille et vice-présidente de la Fédération française de cardiologie, a voulu briser en lançant une « alerte rouge » le 27 septem­bre. Son message est simple : les femmes doivent bénéficier de mesures de prévention plus soutenues et plus précoces contre les maladies cardio-vasculaires. Car, contrairement à ce que l’on croit, ça n’arrive pas qu’aux hommes.

Hormones et modes de vie

En quinze ans, le nombre d’infarctus a quadruplé chez les femmes de moins de 50 ans et doublé chez les moins de 60 ans. « On avait l’impression que les femmes étaient protégées par leurs hormones, ce n’est plus vrai depuis qu’elles ont adopté le même mode de vie et les mêmes comportements à risques que les hommes, prévient Claire Mounier-Véhier. Elles fument, elles consomment de l’alcool, elles sont stressées au travail et à la maison, où elles doivent tout assumer. »

Chez les plus jeunes, l’effet protecteur des œstrogènes naturels pourrait être amoindri par la progression de l’obésité, du diabète, du tabagisme, de la sédentarité, du stress… « Je vois de plus en plus de jeunes femmes qui ont des plaques de cholestérol dans les artères », souligne Claire Mounier-Véhier.

Après 50 ans, ce sont toutes les femmes qui sont à « haut risque » cardio-vasculaire. En cause, le déficit hormonal dû à la ménopause, qui favorise l’apparition du syndrome métabolique (graisse autour de la taille), le durcissement des artères et les thromboses. Les artères des femmes, plus petites que celles des hommes, les rendent aussi plus vulnérables.

Diagnostic difficile

En Europe, deux tiers des femmes qui dé­cèdent d’une maladie coronarienne n’ont eu aucun signe avant-coureur. Mais quand elles en ont, elles ne sont pas toujours bien prises en charge. « Les femmes qui se plaignent de douleurs thoraciques ont 20 % de chances en moins de se voir proposer une consultation de cardiologie et un test d’effort et 40 % de chances en moins de se voir prescrire une coronarographie », écrit Danièle Hermann dans son livre le Cœur des femmes (éd. Robert Laffont, 20 euros), sorti en septembre dernier.

Une différence liée à l’idée, toujours ancrée chez les médecins, que les maladies du cœur touchent surtout les hommes et à la difficulté, parfois, de reconnaître les symptômes, pas toujours identiques chez les deux sexes. « Les femmes de moins de 50 ans ont en général la même douleur dans la poitrine que les hommes, qui serre en étau et qui remonte dans les mâchoires et dans le bras gauche. Mais après 50 ans, les signes peuvent être plus difficiles à identifier, explique Claire Mounier-Véhier. La douleur thoracique peut être plus vague, moins intense, et s’accompagner de troubles digestifs, de sueurs, de grosse fa­tigue, de perte d’appétit… »

Prise en charge tardive

Environ 15 % des femmes ont mal à l’épaule ou ont des douleurs abdominales ou épigastriques, contre 5 % des hommes. Du coup, à risque identique, elles sont souvent traitées pour anxiété ou pour de l’arthrose. « Quand une femme se plaint de douleur à la jambe, le médecin ne pense pas à une artérite des membres inférieurs, mais à un problème d’arthrose de la hanche ou du genou », précise Claire Mounier-Véhier. Les femmes elles-mêmes ont tendance à minorer leurs symptômes car elles ne se sentent pas concernées par les maladies de cœur.

Résultat : une enquête réalisée dans le Nord-Pas-de-Calais montre que, pour un infarctus, elles arrivent aux urgences en moyenne une heure plus tard que les hommes. Un retard au diagnostic auquel le Samu et le centre 15 commencent à être sensibilisés, mais pas les pompiers, ni les conjoints, selon la cardiologue : « Quand une femme fait un malaise cardiaque à la maison, son mari met plus d’une heure à appeler le Samu. Si c’est lui, son épouse appelle tout de suite. »

Autre inégalité : « Les traitements [des fem-mes] sont insuffisants lors de la phase chronique et non optimaux lors de la phase aiguë », note Danièle Hermann. Elles ne bénéficient pas non plus de molécules adaptées. « Il n’y a pas de traitement spécifique aux fem­mes, déclare Claire Mounier-Véhier. Le problème est que la plupart des essais ont été conduits sur des hommes. Or, il se peut que la réponse thérapeutique et le métabolisme des médicaments ne soient pas les mêmes chez les femmes. » Ces facteurs expliqueraient-ils que 31,7 % des décès chez les femmes sont dus à des maladies cardio-vasculaires, contre 26,4 % chez les hommes ?

Comment prévenir  ?

Bouger On peut renforcer son cœur en faisant du sport. Selon Danièle Hermann, « plus il est fort, moins il doit travailler vite pour bien faire circuler le sang ». Les sports d’endurance sont surtout recommandés : vélo, marche rapide, natation, jogging, golf… Pour les moins sporætifs, le yoga, la gymnastique, la danse, le stretching, les étirements… feront l’affaire. « Le cœur a besoin de mouvement. Ce qui importe, c’est de bouger », écrit Danièle Hermann. Une activité physique régulière pourrait permettre de réduire le risque de maladies cardio-vasculaires des femmes de 30 à 50 %.

Manger mieux Première règle : manger peu salé et boire peu d’alcool. Ensuite, certains aliments sont à privilégier : les légumes, les fruits frais, en particulier les pommes, qui augmentent le bon cholestérol et freinent l’absorption du sucre dans le sang, les poissons gras, les viandes maigres, les fines herbes, les légumineuses (soja, lentilles, haricots…), les noix (une dizaine par jour diminuent le cholestérol), les amandes (30 grammes par jour), l’avocat, le vin rouge (un ou deux verres par jour), le raisin noir, le thé vert ou blanc, le café. Les antioxydants (tomates, ail, fruits rouges…) sont les alliés du cœur.

Se surveiller Vérifier régulièrement son cholestérol, sa glycémie, sa tension ; s’arrêter de fumer ; éviter la pilule (pour les fumeuses après 35 ans).

Gérer son stress En prenant du temps pour soi, en parlant de ses problèmes et en se faisant aider par un professionnel (psychothérapeute…) si besoin. Le yoga, le tai-chi, le qi gong ou n’importe quelle activité physique peuvent permettre de lâcher prise. Le rire est aussi un excellent remède. Des études ont montré que regarder un film drôle dilate les artères et produit les mêmes effets que la pratique d’un sport intense. Il est conseillé de rire au moins quinze minutes par jour. Des chercheurs ont également montré qu’une activité sexuelle régulière diminuait les risques cardio-vasculaires.