Alimentation, conditions de tra­vail, modes de vie, pollution… Et si l’environnement était responsable de l’augmentation des maladies chroniques ? C’est la thèse défendue par André Cicolella, porte-parole du Réseau environnement santé, dans un livre, Toxique Planète, qui vient de paraître au Seuil (19  euros).

En France, les maladies infectieuses représentaient 18,9 % des décès en 1906, contre 2 % aujourd’hui ; dans le même temps, le cancer est passé de 3,5 % à 30 % des causes de décès. Le nombre de cas de maladies cardio-vasculaires et respiratoires, de diabète, d’obésité a explosé également. Des troubles nouveaux apparaissent : baisse de la qualité du sperme, malformations génitales chez les petits garçons, pubertés précoces, cancers des testicules chez des hommes jeunes…

Selon l’auteur, ces « épidémies cachées » ne sont pas seulement liées à la génétique, au vieillissement de la population ou encore à un meilleur dépistage, comme on a tendance à l’affirmer, mais à l’environnement dans son sens le plus large. Pour preuve, leur répartition n’est pas homogène, au contraire : on meurt plus du cancer de la prostate dans l’ouest de la France que dans le Sud. De même, les cancers du sein et de la prostate – qui sont hormono-dépendants – sont en forte évolution, surtout chez les personnes nées après 1945, quand des milliers de substances chimiques, de la famille des perturbateurs endocriniens (c’est-à-dire capables de bloquer ou de mimer l’action de nos hormones), ont été mises sur le marché.

En France, le bisphénol A a été interdit dans les biberons et le sera dans tous les contenants alimentaires en 2015, mais quid des autres, dont nous sommes imprégnés et dont de très nombreuses études ont montré les risques de toxicité à faible dose, notamment sur les enfants à naître. Or, si nous pouvons décider de nous arrêter de fumer ou de boire, ou encore de changer notre alimentation, l’exposition aux particules fines de diesel et à d’autres toxiques ne dépend pas de nous.

Malheureusement, malgré les alertes répétées des chercheurs, des médecins, des Ong spécialisées…, l’environnement n’est toujours pas pris en compte dans la politique nationale de santé. Toxique Planète est un message aux hommes politiques : « Si les 5 millions de nourrissons européens qui naissent chaque année ne sont plus intoxiqués par leur biberon, c’est aux députés et sénateurs français qu’ils le doivent », écrit l’auteur. Et à la lecture de l’ouvrage, on comprend que les politiques doivent agir vite, car les dépenses de santé flambent, et prévenir vaut mieux que guérir.