Lyon – Crèche Grain d’orge : accueillir tous les enfants

A Lyon, la crèche Grain d’orge accueille et accompagne les enfants en situation de handicap. Une matinée avec Sacha, dix-huit mois, malentendant.

Un des enfants assis par terre se met soudain à courir en criant autour du toboggan au centre de la pièce. Tous se lèvent et le suivent. Parmi eux, Sacha, dix-huit mois. Il a été accueilli au Grain d’orge il y a plus d’un an, quand ses parents ont découvert qu’il était atteint de surdité profonde.

Dans cette crèche créée à Lyon par la Mutualité française du Rhône, l’objectif est de permettre à chaque petit de s’éveiller à son rythme. Les enfants en situation de handicap y sont accueillis et accompagnés, « mais dans un environnement banal, en situation normale, parmi les autres », explique Mélanie Meyer, directrice de l’établissement. « Nous ne sommes pas des professionnels du handicap. Notre rôle est d’adapter l’accueil à chaque enfant », explique-t-elle.

 

Un enfant comme les autres

Dans la salle au sol jonché de petites voitures, Sacha ouvre un livre sur le langage codé (ou « langage parlé complété » (Lpc), utilisé avec les enfants sourds implantés, qui complète par des codes gestuels la langue orale). « Le fait qu’il ait couru avec les autres enfants montre qu’il s’est bien intégré », se réjouit Céline, auxiliaire de puériculture.

Dans le groupe des “ Tournesols ” [les moins de trois ans], tous les enfants ont compris le handicap de Sacha et n’essaient pas, par exemple, de lui retirer son appareil. » Il s’agit d’un implant cochléaire que Sacha porte à une oreille et sur le crâne. L’appareil est muni de microphones, et relié à des électrodes implantées sous la peau. 

Sacha est appareillé depuis juillet dernier et a retrouvé une audition partielle. « Il est comme un nouveau-né : il entend pour la première fois. Nous avons dû l’accompagner, lui apprendre d’où venaient tel ou tel bruit. Et, surtout, ne jamais lui parler de dos », explique Mélanie Meyer.

Quand les parents de Sacha se sont adressés à Grain d’orge, « notre rôle a aussi été de les écouter, de les encourager et de les rassurer », se souvient Catherine, auxi­liaire de puériculture.

A la maison, les parents de Sacha pratiquent le Lpc. « Nous nous sommes concertés pour que les puéricultrices fassent les mêmes gestes que nous », explique Olivier, le père de Sacha. L’équipe travaille en partenariat avec le Centre d’action médico-sociale précoce (Camsp), où les auxiliaires de puériculture sont formés au Lpc. Sacha s’y rend tous les quinze jours, il y est suivi par une équipe médicale.

 

« Adapter l’accueil à chaque enfant, pour favoriser son éveil. »

 « Nous nous adaptons, quel que soit le handicap », note Céline. Par le passé, le Grain d’orge a déjà accueilli d’autres enfants présentant des handicaps. L’année dernière, Ilias, cinq ans, souffrant d’un retard psychomoteur et cognitif, était accompagné par une auxiliaire de puéri­culture qui ne s’occupait que de lui. « Il demandait beaucoup d’attention », se souvient Céline. En 2010, adressé à la crèche par la protection maternelle et infantile (Pmi), le petit Mohan souffrait d’un retard du développement psychomoteur. Pour l’accueillir au mieux, un auxiliaire de puériculture mangeait avec lui, mais au milieu des autres enfants. Là encore, l’équipe travaillait en relation avec le Camsp.

Il est presque 11 h 30. « Tu vas manger, Sacha ? » lance Mélanie au blondinet, en portant ses mains à sa bouche. Sacha comprend immédiatement et se rue vers les tables, au fond de la pièce. Mathias, deux ans, fait le même geste, qui signifie « manger » en langage codé. Céline sourit : « Les autres enfants ont appris avec lui le Lpc. Pour eux aussi, c’est un enrichissement. »

 

• Crèche Grain d’orge, 134, grande rue de la Guillotière, 69007 Lyon. Tél. 04 37 28 89 70.