Médicaments les plus prescrits au monde pour prévenir le cholestérol, les statines pourraient augmenter le risque de devenir diabètique. Une thèse de médecine vient, en effet, de montrer que parmi les patients du Dr Philippe Nicot, quatre ont développé un diabète alors qu’ils sont sous statines depuis ces dix dernières années.

Premières alertes en 2012

Si ce généraliste, membre du Formindep (association de médecins pour une formation et information indépendante de l’industrie pharmaceutique), a eu l’idée de faire travailler un interne en médecine sur ce sujet, c’est qu’une alerte sur l’effet diabétogène des statines avait déjà été émise, en 2012, par la Food and Drug Administration (Fda), l’autorité sanitaire américaine pour les médicaments, et l’Agence européenne du médicament (Ema).

En France, elle semble avoir été passée sous silence. Faute d’information des médecins, les quatre cas notifiés par Frédérick Stambach, l’auteur de la thèse, et Philippe Nicot au Centre régional de pharmacovigilance sont les premiers du genre.

Pas d’information sur les notices

Pire : malgré l’avertissement de la Fda et de l’Ema, sur 250 résumés des caractéristiques du produit (Rcp) et notices, seuls 53% mentionnent cet effet indésirable, souligne le Dr Nicot. Il faut dire que, depuis vingt-cinq ans, le marché des statines a explosé (il rapporte 2 milliards par an en France aux firmes), les industriels ne sont donc pas forcément pressés d’ajouter un effet secondaire à un médicament si lucratif.

D’autant que les statines ont plutôt mauvaise presse ces derniers temps. Depuis plusieurs années, une polémique entoure ces médicaments : certains lanceurs d’alerte comme le cardiologue Michel De Lorgeril et le Pr Philippe Even estiment qu’ils sont inutiles et inefficaces en prévention du cholestérol en l’absence d’autres facteurs de risques cardio-vasculaires. Ils dénoncent également la propension à traiter de plus en plus de patients qui n’ont pas un taux de cholestérol élevé.

La Haute Autorité de santé (Has) souhaite, pour sa part, que le bénéfice de ces médicaments en prévention primaire soit évalué « plus précisément ».

Combien de patients concernés ?

« L’augmentation constante de la prévalence des diabètes depuis dix ans et la découverte de cet effet indésirable concernant une classe thérapeutique prescrite à plus de 6 millions de Français devraient inciter à de nouvelles investigations, estiment Philippe Nicot et Frédérick Stambach. Celles-ci devraient chercher à préciser l’évolution de ces diabètes, et notamment leur éventuelle réversibilité. Le système de santé centralisé français pourrait également permettre de réaliser une grande étude en population générale pour déterminer la part attribuable aux statines parmi les nouveaux diabétiques qui prennent ce traitement. »

En attendant, il est urgent que les médecins et les patients soient informés. Ce que devrait s’empresser de faire l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) pour éviter un futur scandale.