L’Observatoire national a remis son premier rapport. Il met en évidence les très fortes inégalités sociales face au suicide. Les agriculteurs, employés et ouvriers ont ainsi un risque de décéder par suicide deux à trois fois plus élevé que celui des cadres. Plusieurs études suggèrent que la crise économique et financière de 2008 se serait traduite par une hausse des suicides et par une dégradation de la santé mentale pour les hommes en âge de travailler dans la plupart des pays concernés, les femmes étant moins affectées. De façon générale, les disparités de taux de suicide selon la catégorie sociale sont moins marquées pour les femmes que pour les hommes. Certains secteurs professionnels sont à risque. C’est le cas notamment du secteur de la santé et de l’action sociale.

Selon l’Observatoire, le travail joue un rôle important dans la production des inégalités face au suicide mais, déplorent les rapporteurs, malgré l’intérêt porté aujourd’hui aux risques psychosociaux, il n’existe pas de données fiables en France sur le nombre de suicides survenus sur un lieu de travail. Quantifier le nombre de suicides annuels liés à un problème professionnel est encore plus difficile. En effet, s’il est possible de mettre en évidence des associations statistiques entre caractéristiques de l’emploi et suicide, face à un cas individuel de suicide il est particulièrement complexe de déterminer les facteurs ayant pu conduire la personne à se suicider et, parmi eux, ceux qui ont joué un rôle déterminant. Les inégalités sociales face au suicide s’accompagnent d’importantes inégalités régionales. Les taux de décès par suicide sont particulièrement élevés en Bretagne, Basse-Normandie, Nord – Pas-de-Calais et Champagne-Ardenne. Les régions Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes et Alsace enregistrent au contraire les plus bas taux de décès par suicide.

Au-delà des inégalités sociales ou régionales face au suicide, certains groupes sont particulièrement touchés. C’est le cas des détenus, des jeunes homosexuels, des jeunes filles de 15 à 19 ans, des jeunes hommes entre 20 et 25 ans, des femmes victimes de violence ou des hommes à faible niveau de revenus mais aussi me fait de vivre seul ou d’user de substances psychoactives. Enfin, l’Observatoire révèle qu’une personne sur vingt déclare avoir fait une tentative de suicide au cours de sa vie.

 

En créant l’Observatoire national du suicide en septembre 2013, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, a affiché sa volonté de renforcer les moyens consacrés à la prévention du suicide, qui constitue une priorité de santé publique. Le suicide est en effet une cause majeure de décès prématurés : plus de 11 000 décès par suicide ont été enregistrés en France métropolitaine en 2011 et près de 200 000 personnes ont été accueillies aux urgences après une tentative de suicide. L’Observatoire national du suicide doit permettre de mieux connaître cette réalité afin de mieux la prévenir.