Qu’il s’agisse d’améliorer son bien-être ou de se soigner, il est tentant d’essayer les huiles essentielles. Mais attention, si ces produits sont naturels, ils ne sont pas anodins ! En cas de doute, il est prudent d’interroger son pharmacien ou son médecin.

Quelques gouttes d’huile essentielle de lavande sur son oreiller. Depuis des années, Sabine, secrétaire médicale à Lille, ne pourrait pas s’endormir sans ce rituel. « J’utilise des huiles essentielles depuis près de vingt ans, raconte-t-elle. La première fois, c’était pour me débarrasser d’une mycose des pieds. Le corticoïde prescrit par ma dermatologue s’étant avéré inefficace, mon pharmacien m’a conseillé une huile essentielle. En quelques jours, plus de mycose ! » L’huile essentielle est le principe huileux aromatique d’une plante obtenu par distillation à la vapeur d’eau. Toujours présentées sous forme liquide dans un flacon, ces huiles sont disponibles en pharmacie, dans les magasins de diététique et les herboristeries. Leurs vertus sont très variées. A condition de respecter certaines précautions. « Certaines peuvent être utilisées pour un massage de détente en les mélangeant avec une huile végétale, comme une huile d’amande douce, explique Michel Pierre, herboriste à Paris. D’autres sont des antiseptiques des bronches et des voies respiratoires supérieures. On peut aussi les utiliser en massage au niveau du thorax, pures ou diluées dans un peu d’huile neutre, ou en inhalation. »

Plusieurs dizaines d’intoxications par an

Peut-on manipuler les huiles essentielles seul sans danger ? « Il faut se montrer très prudent, souligne Michel Pierre. Les flacons d’huiles essentielles ne sont pas accompagnés de notice d’utilisation car la loi l’interdit. Il ne faut donc les utiliser que sur le conseil d’un médecin aromathérapeute ou phytothérapeute. Dans mon herboristerie, nous ne donnons jamais de conseils les concernant. Les personnes venant en acheter ont été orientées vers ces produits par leur médecin. » Le Dr Philippe Saviuc, toxicologue et épidémiologiste au centre de toxico-vigilance de l’hôpital universitaire de Grenoble (Isère), recommande la vigilance dans l’utilisation et le stockage de ces produits. « Nous constatons plusieurs dizaines d’intoxications accidentelles par an chez l’enfant, soit par ingestion soit par contact avec la peau ou les yeux, témoigne-t-il. En raison de la mode actuelle pour l’aromathérapie, le nombre de cas augmente. Ces produits doivent être conservés sous clé. » Chez l’adulte, l’intoxication peut apparaître même lors d’une utilisation correcte d’une huile essentielle. Comme pour un médicament, il peut y avoir des effets indésirables. Ils sont de trois types : irritation de la peau, des yeux ou de la muqueuse digestive, allergies ou même convulsions chez certaines personnes sensibles à des substances végétales particulières. En cas d’utilisation d’une huile essentielle pour soulager un problème de santé comme une bronchite, par exemple, il faut demander conseil à son pharmacien ou à son médecin pour éviter tout risque d’interaction avec un médicament.

Faire un essai avant toute utilisation

« Les huiles essentielles doivent être utilisées avec la conscience qu’elles ne sont pas forcément anodines parce que naturelles », insiste le Dr Saviuc, qui en déconseille l’usage aux femmes enceintes ou allaitantes, aux personnes atteintes d’épilepsie et aux jeunes enfants. « Avant toute utilisation, il est indispensable de faire un essai dans le pli du coude pour vérifier s’il n’y a pas une réaction allergique de l’organisme », recommande Michel Pierre. Il faut aussi éviter toute utilisation ou risque de projection sur les parties les plus délicates du corps : visage, yeux… Beaucoup d’huiles, comme les huiles d’agrumes, sont à éviter au soleil car elles risquent de provoquer des taches brunes sur la peau. Des précautions que Sabine respecte à la lettre : « Je suis strictement les formules indiquées dans des publications trouvées en pharmacie ou dans des livres. S’il est indiqué 2 gouttes, ce n’est pas 15 ! » Nadine Allain