Les généralistes roannais tirent le signal d'alarme

Des médecins débordés, dont le nombre s’amenuise. Il n’en fallait pas plus pour déclencher, à Roanne, une grève dans la profession, suivie à 95 %. Pour le Dr Lisa Otton, il est urgent de donner aux généralistes les moyens d’exercer.

Bientôt, en région roannaise, des patients n’auront plus de médecin. C’est le cri d’alarme qu’ont voulu lancer, il y a quelques jours, les généralistes du nord de la Loire, sous la bannière du «Printemps de Roanne». La quasi-totalité des 100 cabinets médicaux du secteur étaient fermés du 18 au 20 mai, en signe de protestation. Le vote en procédure accélérée de la loi santé, à la mi-avril, a joué le rôle de déclencheur de ce mouvement spontané, qui a obtenu un écho national. Dans cette région à la population vieillissante, les généralistes s’inquiètent de « l’évolution catastrophique de la démographie médicale ». Entre les départs à la  retraite de médecins non remplacés, ceux qui sont victimes de burn-out et l’augmentation de la charge administrative, beaucoup redoutent de ne pouvoir suivre. Se sentant incompris des pouvoirs publics, ils affirment ne plus être en mesure d’accueillir de nouveaux patients.

La maison de santé, une solution

Généraliste à Roanne où elle est arrivée comme interne, le Dr Lisa Otton avait lancé l’alerte dès 2011, en créant, avec plusieurs confrères, l’Amgr (Association de la médecine générale du Roannais). Depuis février 2015, elle anime un collectif santé visant à réfléchir à des solutions pertinentes pour une médecine de proximité, en associant la population et les médecins, en défendant l’accès aux soins pour tous. Même si le projet de maison de santé qu’elle défendait à Roanne n’a pu aboutir, faute de soutien de la collectivité, ce type de structure représente pour elle une des solutions, avec la simplification administrative. Selon le Dr Otton, l’exercice du métier manque, en fait, de soutien depuis des décennies : « Un étudiant sur deux rêve de la médecine générale, mais les conditions de travail font qu’il ne la choisit pas. » La réforme du médecin traitant a augmenté leurs contraintes et induit d’autres effets : « Les difficultés d’accès aux soins des patients sont liées au temps d’attente pour avoir un rendez-vous, parce que le généraliste est débordé. » Si la loi Touraine lui paraît présenter des avancées, elle va néanmoins aggraver, selon Lisa Otton, les conditions de travail des généralistes et freiner chez les jeunes internes l’envie de s’installer. « Ce métier, c’est du plaisir si on a des moyens de l’exercer correctement. » Et d’en appeler aux élus pour qu’ils soient davantage à l’écoute et, dans leurs réponses, « pragmatiques, réalistes, concrets ».

Jean-François Vaizand