On savait que la France était la championne européenne de consommation de pesticides. On sait maintenant que les Français en sont très imprégnés.

 

Une enquête de l’Institut national de veille sanitaire (Invs), rendu public le 30 avril, montre, en effet, que le taux de pesticides que l’on retrouve dans leurs urines est plus élevé que celui détecté chez les Américains, les Canadiens ou encore les Allemands.

L’étude, la première du genre, s’inscrit dans le cadre du volet environnemental de l’Etude nationale nutrition santé (Enns). Basée sur un échantillon de 400 personnes âgées de 18 à 74 ans, elle comporte deux volets dont le premier est consacré à l’exposition aux pesticides et aux pyralènes ou PCB-NDL (substances employées dans les lubrifiants, les isolants, les encres, les peintures et qu’on retrouve dans les poissons).

Si les traces de pesticides organachlorés -dont la plupart sont désormais interdits- dans les urines des Français sont relativement faibles, ce qui traduit pour l’Invs “l’effet positif d’une interdiction déjà ancienne”, les taux de certains chlorophénols utilisés comme antimite ou désodorisant reste dix fois plus hauts qu’en Allemagne. 

Moins persistants que les organochlorés, les pesticides organophosphorés sont moins importants chez les Français que chez les Allemands mais leur concentration dans les urines est, néanmoins, supérieure à celui des Américains et des Canadiens et identique à celui des Israëliens.

“Si les facteurs physiologiques tels que l’âge et la corpulence semblent influencer de façon importante les niveaux des biomarqueurs urinaires, il faut également tenir compte, mais dans une moindre mesure, du lieu de résidence, et notamment de la présence de certaines activités agricoles dans le département, de l’alimentation et de l’usage d’insecticides dans le logement”, précise l’Invs pour expliquer ces différences. Elle ajoute que “les pesticides organophosphorés sont beaucoup moins utilisés qu’auparavant et avec des usages restreints”.

Attention au colliers antipuces et aux traitements des potagers

Ce n’est pas le cas, en revanche, des pyréthrinoïdes, famille d’insecticides la plus utilisée dans le traitement des cultures et dans les applications domestiques et dont la présence dans la population française est plus élevée que celle observée en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis (il y en a trois moins chez les américains par exemple). Selon l’Invs, le traitement des potagers et la consommation de certains aliments ainsi que l’utilisation de traitements antipuces pour les animaux de compagnie pourraient expliquer ces taux d’imprégnation.

En ce qui concerne les pyralènes ou PCB, l’imprégnation est du même ordre de grandeur que celle d’autres pays d’Europe, bien que souvent “un peu supérieure”. Elle est surtout cinq fois plus élevée qu’aux Etats-Unis.

“Cette situation s’explique probablement, en partie, par des différences d’évolution du contexte réglementaire et de comportements alimentaires (consommation moindre de poisson aux USA par comparaison avec les Européens)”, commente l’Invs. De fait, l’étude indique que le taux de PCB est corrélé avec la consommation de produits d’origine animale, en particulier la consommation de produits de la pêche, de viande et de produits laitiers.

A noter : environ 13 % des femmes en âge de procréer et moins de 1 % des adultes ont une concentration de PCB totaux supérieure aux seuils critiques définis par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).