L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) tire encore une fois la sonnette d’alarme : les Français restent de gros consommateurs d’antibiotiques. Non sans conséquences sur notre santé future.

Le nouveau rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) sur la consommation des antibiotiques en France est sans appel : après une baisse globale de 10,7% de la consommation des antibiotiques de 2000 à 2013 suite à une campagne d’information, la consommation d’antibiotiques repart à la hausse avec une augmentation de 5,9% depuis 2010

«C’est un problème préoccupant car la hausse de la consommation se traduit par une résistance accrue aux antibiotiques et on observe un développement des situations d’impasse thérapeutique», explique Philippe Cavalié, référent économie des produits de santé de l’Ansm. Cette situation est d’autant plus préoccupante que très peu de nouvelles molécules ont été mises sur le marché ces dernières années.

4e plus gros consommateur en Europe

La France est devenue l’un des plus gros utilisateurs d’antibiotiques en Europe, en se positionnant à la quatrième place derrière la Grèce, la Roumanie et la Belgique. «La consommation française est de 30% supérieure à la moyenne européenne», déplore Philippe Cavalié. Elle dépasse même de 25 % celle des Américains, pourtant gros prescripteurs de ces molécules.

Médecins de ville, patients et hôpitaux sont visés par cette surconsommation. Si la médecine de ville représente 90% des prescriptions d’antibiotiques, l’hôpital n’est pas en reste, puisque quatre patients sur dix reçoivent un traitement antibiotique. La France avait pourtant mené une campagne d’information – «les Antibiotiques, c’est pas automatique»-, dans les années 2000 auprès des professionnels de la santé et du grand public. 

Le Plan antibiotiques 2011-2016 très mal engagé

Mais, d’après l’Ansm, les slogans semblent avoir perdu de leur impact alors que la pression des patients sur les médecins pour se faire prescrire des médicaments continue pour des raisons à la fois socio-économiques et culturelles. «Il y a une attente très forte de la part des patients pour sortir du cabinet de leur médecin avec une prescription d’antibiotiques et les médecins ne savent pas toujours résister à la pression de ces patients », souligne Philippe Cavalié.

Cette consommation en hausse place la France loin de ses objectifs du 3e plan Antibiotiques, qui prévoit une réduction de 25% de la consommation d’antibiotiques d’ici à 2016. «Cet objectif est mal engagé s’il n’y a pas de renversement de tendance dès l’année prochaine», explique le responsable du rapport.