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Famille

Les femmes, victimes de la violence ordinaire

En 2012, 148 femmes sont mortes en france sous les coups de leur conjoint et 27 plaintes pour viol ont été déposées chaque jour (1). Le 8 mars, journée des droits des femmes, est l’occasion de revenir sur cette violence ordinaire.

«Les femmes sont toujours prêtes à pardonner, mais, malheureusement, après un premier coup arrive un autre, puis un autre, et la vie bascule dans l’horreur. Moi, je leur dis, à la première gifle, partez ! » Olivia Cattan, présidente de Paroles de femmes, association qui prend en charge les victimes de violences, ne mâche pas ses mots. Tous les jours, elle reçoit des femmes en détresse, de tous milieux, de tous âges., mais ce sont celles qui sont en situation de précarité et qui vivent en milieu urbain qui sont les plus touchées.

Par ailleurs, le nombre de victimes est deux fois plus élevé que la moyenne dans la tranche des 35-39 ans, car les violences conjugales connaissent un pic à ce moment de la vie des couples1. Il faut alors protéger aussi les enfants. C’est l’objectif du dispositif mis en place depuis un an en Seine-Saint-Denis : des retraités bénévoles accompagnent les enfants chez leur père afin d’éviter la confrontation des parents séparés. Une expérience qui devrait être étendue au reste de la France.

Car bien souvent, cette violence se déroule dans la sphère privée. « Quand mon mari m’a contrainte à des relations sexuelles et a commencé à taper les enfants, je suis partie avec eux. Je n’avais nulle part où aller, explique cette femme de trente-sept ans qui préfère rester anonyme, j’ai galéré deux ans, mais je ne regrette rien. » Acculées, les femmes sont souvent obligées de quitter le domicile. Mais pour aller où ? Jusqu’à présent, elles étaient orientées vers des hébergements accueillant tous types de public en situation de précarité. Mais le plan lancé en novembre dernier par le gouvernement prévoit la création de 1 650 hébergements d’urgence dédiés spécifiquement aux femmes violentées d’ici à 2017 (550 par an sur trois ans). 66 millions d’euros ont été débloqués, soit le double de ce qui était consacré par le précédent plan à ce problème.

Pour celles qui ne pourront pas bénéficier de l’accueil en hébergement d’urgence, la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, préconise « l’éviction du conjoint violent du domicile conjugal, pour que la femme victime puisse rester chez elle ». Les victimes peuvent également appeler depuis janvier, sept jours sur sept, un numéro d’urgence gratuit2.

« Après un premier coup arrive un autre, et la vie bascule… »

Autres mesures du plan : l’encouragement aux dépôts de plaintes plutôt qu’aux mains courantes et le doublement du nombre d’intervenants sociaux dans les commissariats et les gendarmeries, pour atteindre 350 d’ici à 2017. « Un nombre insuffisant pour l’ensemble du territoire », selon les associations.

Celles-ci demandent aussi que la formation des policiers et du personnel social d’accompagnement soit renforcée, car, explique Muriel Salmona, psychiatre3, en cas de viol, par exemple, la sidération, les troubles de la mémoire, les conduites d’évitement peuvent empêcher la femme de parler. Elle peut raconter avec détachement les violences graves qu’elle a subies. Ce qui peut disqualifier sa parole. Les professionnels (policiers, assistantes sociales, juges…) « ne doivent pas se méprendre sur l’apparente “ bonne réaction ” des victimes ou croire qu’elles leur mentent, celles qui semblent le moins touchées peuvent, au contraire, se trouver dans un profond état de dissociation et d’anesthésie émotionnelle générées par leurs agressions », ajoute-t-elle.

Sur le plan physique, des soins doivent être apportés à ces victimes, et l’annonce de la création d’un « kit » d’urgence en cas de viol, comprenant un boîtier avec les instruments nécessaires au prélèvement du sang, de l’urine et de l’Adn de l’agresseur, permettant d’améliorer le recueil de preuves, mais aussi pour procéder à un test de dépistage du Vih et à une contraception d’urgence, a été bien accueillie. Mais là aussi, patience : cet outil, encore au stade expérimental, ne sera généralisé qu’à partir de 2015.

Les conséquences de ces violences sont dramatiques et sont un véritable problème de santé publique. Les femmes qui ne signalent pas les violences dont elles sont victimes, et il y en a beaucoup, ne bénéficient pas « de la protection et des soins dont elles ­auraient besoin, s’insurge Gilles Lazimi, médecin au centre de santé de Romainville (Seine-Saint-Denis). Il y aurait moins de prescriptions de psychotropes ou d’autres médicaments si [on les] aidait à se libérer de ce problème, à parler notamment en consultation. Et pour cela, il faut une véritable formation des médecins et un travail en réseau avec les associations, créer des consultations de psychologie gratuites pour elles ».
« Nous vivons encore dans un pays très machiste, poursuit Gilles Lazimi, il faut faire bouger les stéréotypes » et faire comprendre aux femmes qui sont sous l’emprise d’un homme violent qu’elles sont de véritables victimes.

Chiffres
En 2010-2012, 220 000 femmes ont été victimes chaque année de violences conjugales, mais moins d’une sur trois a porté plainte. Dans le monde, selon l’Organisation des nations unies (Onu), 70 % des femmes sont confrontées à des violences physiques ou sexuelles au cours de leur existence.

(1) Selon une étude du ministère de l’Intérieur.

  • 1. Chiffres 2012 de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (Ondrp).
  • 2. Le 39 19 (appel anonyme et gratuit). Rens. stop-violences-femmes.gouv.fr
  • 3. Le Livre noir des violences sexuelles, Muriel Salmona, éditions Dunod, 2013.

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