Quels impacts sur la contraception féminine ont eu les controverses sur les pilules de troisième et quatrième génération fin 2012 et début 2013 ? C’est ce à quoi a tenté de répondre l’enquête Fecond, menée en 2013 par l’Inserm et l’Ined, qui a examiné les évolutions en matière de pratiques contraceptiques et la contribution du débat médiatique à ces changements.

Premier enseignement : le scandale sanitaire concernant les pilules de 3e et 4e génération n’a pas entraîné de désaffection vis-à-vis de la contraception (seules 3% des femmes n’utilisent aucun mode contraceptif) mais force est de constater que les femmes se sont détournées de la pilule.

Le recours à un contraceptif oral est passé de 50% à 41% entre 2010 et 2013. « Cette diminution concerne de manière quasie exclusive les pilules dites de 3e et 4e génération, incriminées dans le débat », notent les auteurs de l’étude parue dans la revue Population & Sociétés. Elles représentent désormais 10% des méthodes contraceptives utilisées contre 19% en 2010.

Une plus grande diversité des pratiques

Mais ce qui est frappant, c’est que ces femmes ne se tournent pas forcément vers une autre pilule, de 2ème génération par exemple, mais elles changent carrément de moyen de contraception. En optant pour d’autres méthodes, notamment le stérilet (+ 1,9%), le préservatif (+3,2%) mais aussi toutes les méthodes dites « naturelles » comme le contrôle de la température du corps ou des périodes de fécondité, ou plus simplement le retrait. Toutes ces méthodes sont en augmentation de plus de 3%. Le recours au stérilet progresse ainsi chez les jeunes femmes depuis 2010, passant de 2% à 5% chez les femmes de 20-24 ans, et de 8 à 16% chez celles de 25-29 ans.

Des inégalités sociales

Autre fait marquant : le choix du contraceptif dépend pour beaucoup de la situation sociale et économique des femmes. Ainsi les plus diplômées optent principalement pour le stérilet alors que les femmes qui ont fait très peu d’études choisissent les méthodes dites « naturelles », avec un risque accru de grossesses non-désirées. « Plus largement les femmes n’ayant pas de difficultés financières ont opéré un transfert partiel des nouvelles pilules vers les contraceptifs oraux plus anciens alors que celles dans une situation financière difficile se sont en partie tournées vers les méthodes dites naturelles », notent les auteurs.

La pilule, une image ternie

La manière dont a été reçu le débat médiatique autour des pilules de 3e et 4e génration varie selon le niveau social. Au total, 77% des femmes et 56% des hommes participants à l’étude Fecond disent avoir entendu parler du débat médiatique sur les pilules. Il s’agit davantage de personnes diplômées (91% des femmes ayant un Bac +4 contre 63% des femmes sans diplôme).

Le débat semble par ailleurs avoir terni l’image sociale et symbolique de la pilule. Ainsi en 2013, 37% des femmes étaient tout à fait d’accord avec l’idée selon laquelle « la pilule permet aux femmes d’avoir une sexualité plus épanouie », alorsqu’elles étaient 44% à le penser en 2010. De même plus elles sont jeunes, et moins les femmes partagent cette idée (passant de 32% chez les 15-19 ans à 51% chez les 45-49 ans). « Les événements médiatiques et politiques de 2012-2013 semblent donc avoir eu un effet marqué sur le paysage contraceptif, sans que l’on puisse dire s’il sera durable », concluent les auteurs.

 

L’enquête Fecond a été réalisée par l’Inserm et l’Ined en 2010 afin d’analyser différents enjeux en santé sexuelle et reproductive (contraception, grossesse non prévue, avortement, etc) en France. Elle a été reconduite en 2013 auprès de 4453 femmes et 1587 hommes afin d’analyser l’impact de la crise médiatique de la pilule sur les pratiques et les représentations de la contraception.