Vente des pilules en chute libre, montée en puissance de l’utilisation du stérilet, le scandale lié aux pilules de troisième et quatrième génération a modifié la façon dont les femmes vivent leur contraception. Elles se tournent désormais vers d’autres méthodes contraceptives qui ont fait leurs preuves

 

Stérilet  : fiable et remboursé

Le stérilet est un dispositif intra-utérin (Diu) en forme de T, mesurant 3 centimètres environ, généralement en plastique souple, que le médecin ou la sage-femme place dans l’utérus. Ce dispositif est recouvert d’un fil de cuivre ou libère un progestatif de deuxième génération (le lévonorgestrel). A son extrémité, un ou deux fils en Nylon permettent de vérifier sa présence. Il n’agit pas ou peu sur l’ovulation mais modifie la muqueuse utérine, ce qui empêche un ovule fécondé de s’implanter dans l’utérus. Très efficace (97 à 99,5 %), et remboursé par la Sécurité sociale, son action dure entre cinq et dix ans selon le modèle. Il peut également être posé dans le cadre d’une contraception « du lendemain », si l’ovulation a eu lieu moins de cinq jours auparavant (soit 120 heures). Son efficacité dans ce cas est à peu près de 99 %.

Le stérilet a longtemps été accusé de provoquer des infections. « Ce n’est pas le dispositif qui est dangereux, mais le fait que la femme ait une infection vaginale au moment où il est posé », explique le Dr Françoise Tourmen, gynécologue et membre du Formindep (collectif pour une formation et une information médicales indépendantes). C’est pourquoi un examen gynécologique est nécessaire avant la pose. Autre grief : le stérilet serait responsable de grossesses extra-utérines. « Si la femme qui a un stérilet tombe malgré tout enceinte, il est vrai qu’elle a un risque légèrement supérieur que l’œuf fécondé se loge dans les trompes puisque le stérilet empêche l’implantation dans l’utérus. Mais le risque de grossesse extra-utérine est moindre chez les femmes ayant un stérilet que chez celles qui n’en portent pas », souligne le Dr Tourmen. Autre idée reçue : le stérilet serait réservé aux femmes ayant déjà eu un enfant. Faux, puisque pour la Haute Autorité de santé (Has), le stérilet est adapté à toutes les femmes, même au début de leur vie sexuelle. Sauf celles qui ont une malformation utérine, notamment les femmes ayant été soumises aux effets du Distilbène, et celles présentant une béance du col. Une fois par an, un examen gynécologique contrôle que tout va bien.

Implant : le champion de l’efficacité

Ce bâtonnet plus petit qu’une allumette que l’on place sous la peau du bras (sous anesthésie locale) est le premier des contraceptifs en termes d’efficacité (99,5 %). Il libère régulièrement un progestatif, l’étonogestrel, qui a une triple action : il bloque l’ovulation, rend la paroi interne de l’utérus impropre à la nidation et épaissit la glaire cervicale, ce qui gène le passage des spermatozoïdes vers l’ovule. Avantages : il est remboursé par la Sécurité sociale et est efficace pendant trois ans. Si l’on veut entre-temps des enfants, il est facile à retirer. Quelques effets indésirables peuvent cependant se manifester : irrégularité ou absence de règles, saignements entre les règles, apparition d’acné et prise de poids.

Anneau vaginal, patch : à surveiller

Formé d’un tube en plastique flexible, l’anneau vaginal a un diamètre de 5 centimètres et il bloque l’ovulation grâce aux hormones contraceptives qu’il délivre. C’est la femme qui introduit elle-même l’anneau au fond du vagin et qui doit le retirer au bout de trois semaines pour permettre aux règles de se déclencher. Une semaine plus tard, elle peut poser un nouvel anneau.
Le patch contraceptif (ou dispositif transdermique hormonal)
est un timbre autocollant que l’on pose sur la peau du bras, au bas du dos ou sur le ventre. Il faut en appliquer un par semaine trois semaines sur quatre. Toutefois, ces deux moyens contraceptifs (non remboursés) font l’objet d’une surveillance. Et pour cause : comme pour les pilules
de troisième et quatrième générations, ils combinent un œstrogène
et un progestatif et présentent un surrisque thromboembolique veineux.
Selon l’Agence européenne du médicament, les femmes utilisant le contraceptif Evra, le seul patch wcommercialisé en France, ont un risque de thrombose veineuse jusqu’à deux fois plus élevé que celles utilisant un contraceptif oral combiné de deuxième génération contenant du lévonorgestrel. Même si cet effet indésirable reste rare, un contraceptif
de première ou deuxième génération en première intention ou
un autre mode contraceptif est préférable pour les femmes ayant un antécédent personnel ou familial de thrombose veineuse.

Préservatif : à associer à un autre moyen de contraception

A condition d’être bien posé et de ne pas être défectueux, le préservatif masculin protège les deux partenaires contre les infections sexuellement transmissibles (Ist) et le virus du sida (Vih). Le préservatif doit être déroulé sur le pénis en érection et le recouvrir totalement. Dans les conditions courantes d’utilisation, son efficacité est à peine de 80 %, il est donc recommandé de l’associer à un autre moyen contraceptif pour éviter une grossesse non désirée.

Le modèle féminin est moins utilisé. Pour le mettre, la femme doit glisser l’anneau interne du préservatif à l’intérieur du vagin avant le rapport sexuel. Une fois appliqué, il tapisse la paroi vaginale et l’empêche d’être en contact avec le sperme. Il ne faut pas utiliser un préservatif féminin en même temps qu’un préservatif masculin : le frottement peut faire glisser ce dernier à l’extérieur du vagin. Le préservatif féminin est parfois confondu avec le diaphragme en latex, réutilisable après lavage et dont la durée d’utilisation est d’environ deux ans. Le diaphragme, délivré sur prescription, doit être posé au fond du vagin moins de deux heures avant un rapport sexuel, de manière à recouvrir le col de l’utérus, et doit être laissé en place six à huit heures après le rapport sexuel.

Méthodes naturelles : c’est risqué

Retrait, méthode des températures, méthode Ogino, abstinence périodique, étude de la glaire cervicale… Diverses méthodes
de contraception naturelles sont basées sur l’observation minutieuse et régulière du cycle menstruel afin de déterminer la date de l’ovulation. D’une efficacité limitée en utilisation courante (25 % d’échec),
elles ne sont pas adaptées aux femmes qui ne souhaitent absolument pas de grossesse…

Tabac et pilule, un cocktail explosif

« On n’en parle pas suffisamment, mais le tabac est le principal facteur
de l’augmentation des accidents vasculaires ou thromboemboliques et de
la mortalité observée sous contraception œstroprogestative », explique
le Pr Michel-Henri Delcroix, gynécologue-obstétricien et président de l’Association périnatalité prévention recherche information (Appri). Selon l’Organisation mondiale de la santé, les fumeuses sous œstroprogestatifs de synthèse voient leur risque d’accident cardiaque multiplié par 10 avant l’âge de 35 ans et par
12 au-delà. « De même, les œstroprogestatifs augmentent le risque de phlébite
chez les fumeuses par rapport aux non-fumeuses, ce qui traduit l’effet synergique du tabagisme et des œstroprogestatifs sur le risque de thrombose veineuse », souligne Michel-Henri Delcroix, qui préconise de mesurer chez les fumeuses désirant une contraception œstroprogestative le taux de monoxyde de carbone expiré, lequel exprime le degré d’intoxication ta
bagique. « Le médecin ou la sage-femme doit prévenir la femme des risques qu’elle encourt en associant tabac et pilule et lui proposer des solutions pour arrêter la cigarette », conclut-il.

Des pilules dures à avaler

En janvier, Marisol Touraine, ministre de la Santé, préconisait de réserver l’usage des pilules de troisième et quatrième générations en deuxième intention, comme le recommande la Haute Autorité de santé depuis 2007.Ces pilules ne sont d’ailleurs plus remboursées depuis le 31 mars. Selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament, la pilule cause plus de 2 500 accidents thrombotiques veineux et 20 décès par an, dont plus des deux tiers sont liés aux pilules de troisième et quatrième générations. Un chiffre sous-évalué pour l’Association des victimes d’embolie pulmonaire, qui estime à 200 le nombre de morts et à 20 000 les cas de thrombose. Environ 80 plaintes ont été déposées depuis le début de l’année au parquet de Paris.