Deux entreprises françaises ont décidé d’adopter une démarche capitaliste pour faire changer les mentalités sur le handicap.
Il reconnaît que le sujet est « tabou ». « Faire du business avec le handicap, ça ne se fait pas. » Mais Hervé Allart de Hees, Pdg de Tadeo, est persuadé que c’est bien l’économie qui peut faire évoluer le social. Son entreprise, spécialisée dans la communication entre sourds et entendants, a décidé de s’allier à e-Citiz, entreprise spécialisée dans le web, pour créer la première agence de notation de l’accessibilité française, Adn.

En somme, une agence de notation comme il en existe dans le secteur financier, mais qui attribue les bons et mauvais points aux entreprises en ce qui concerne leur politique d’intégration du handicap.

Les deux entreprises ont mis le concept au point en concertation avec l’Etat, qui a prévu, lors de la deuxième conférence nationale sur le handicap, de « soutenir la création » d’une telle agence.

Soigner sa réputation

Hervé Allart et Pedro Abrantes, le directeur commercial d’e-Citiz, sont partis d’un constat simple et plutôt cynique pour mettre au point leur projet : les entreprises sont très soucieuses de leur réputation et de leurs concurrents, il faut donc que chacune ait envie de faire mieux que la voisine.

Lorsque les enseignes de grande distribution se sont lancées dans le commerce équitable, c’était bien pour venir se concurrencer les unes les autres, davantage que par une réelle préoccupation sociale, chacune sachant à quel point le secteur était porteur. Et le fait est que l’équitable s’est imposé – avec les critiques que l’on sait.

Il en va de même avec le handicap. La base de données de la future agence de notation, qui devrait voir le jour début 2012, sera accessible à tous sur Internet. Une entreprise aura donc tout intérêt à soigner sa réputation en ayant les meilleures notes possibles, en matière par exemple d’accessibilité de son site Internet aux malvoyants ou de quota de salariés handicapés. « Connaissant mes homologues, je sais à quoi on est sensibles … », reconnaît Hervé Allart. « On souhaite que la notation Adn soit un vrai outil publicitaire », ajoute Pedro Abrantes.

Cynisme

Alors qu’aujourd’hui il est incontournable pour une entreprise d’afficher une image éco-responsable, les deux hommes espèrent qu’à terme il deviendra tout aussi impératif d’intégrer le handicap pour gagner des marchés. Pour eux, les actions associatives restent importantes, mais ne suffisent pas. « On voit bien que ça rame. C’est du convenu, on ne fait pas dans l’innovant, souffle Hervé Allart. Tous ceux qui œuvrent pour le handicap doivent continuer, mais il faut intégrer de nouveaux acteurs pour faire bouger les lignes. L’économie peut amener des modifications de comportement et tirer la situation vers le haut. »

Son objectif est bien que le regard sur le handicap change. Un vœu des plus humanistes. Mais il assume pleinement sa démarche capitaliste pour y arriver. « Le côté noble des choses, c’est bien, mais c’est moins efficace. Il y a déjà tellement d’énergie dépensée dans le handicap et les choses n’avancent pas vraiment », juge Hervé Allart.

Et qu’importe si les sociétés se lancent dans des politiques de handicap ambitieuses par pur intérêt économique, puisqu’au final les personnes handicapées y gagneront. « C’est cynique, mais l’économie est cynique. Il faut utiliser les mêmes armes que les entreprises », lâche le Pdg de Tadeo.

Le handicap n’est que le premier chantier de cette future agence de notation. L’ambition d’Adn est de couvrir les problèmes d’accessibilité à plus large échelle, en surveillant les actions des entreprises vis-à-vis des femmes ou des seniors. L’activité sera également étendue aux collectivités.

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