On sait que l’exposition chronique aux solvants (utilisés pour nettoyer les métaux, diluer les peintures, décaper les vernis, purifier les parfums lors de leur fabrication) durant la vie professionnelle peut être à l’origine de cancers, de stérilité, de troubles de la motricité, de dépression et de troubles cognitifs. Ce que l’on sait moins, c’est que ces effets peuvent perdurer plusieurs années après l’exposition.

Une équipe franco-américaine (Inserm et université de Harvard) vient en effet de montrer que les retraités gardent des troubles cognitifs longtemps après avoir été fortement exposés aux solvants durant leur vie professionnelle.

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs français et américains ont travaillé sur la cohorte Gazel comprenant 20 000 salariés d’Edf-Gdf suivis depuis vingt-cinq ans et dont les étapes de la vie professionnelle ont été bien répertoriées. Leur étude publiée dans Neurology a porté sur 2 143 hommes âgés de plus de 55 ans, retraités en moyenne depuis dix ans. Au total, 33% des participants avaient été exposés durant leur vie professionnelle à des solvants chlorés, 26% au benzène et 25% à des solvants pétroliers. Ces retraités ont suivi une batterie de huit tests cognitifs. Ils devaient par exemple citer en une minute le maximum de noms d’animaux ou de mots commençant par la lettre P.

Une meilleure attention de la part des médecins traitants

Résultats : il semblerait qu’une exposition élevée aux solvants soit associée à de moins bonnes performances cognitives. Pour les doses élevées de solvants chlorés, les retraités avaient en effet un risque supérieur de 20% à 50% de moins bonnes performances cognitives.

« Cela montre que ces salariés gardent les traces de leur exposition au travail, même s’ils sont à la retraite et même si cette exposition n’est plus présente depuis longtemps, explique le Dr Claudine Berr, directeur de recherche dans l’unité Inserm 1061 « Neuropsychiatrie : recherche épidémiologique et clinique », à Montpellier. « Les médecins traitants doivent faire plus attention à ces patients, par exemple en prenant en charge les autres facteurs de risque de déclin cognitif sur lesquels on peut agir : les facteurs de risque vasculaire. Ils doivent aussi les encourager à avoir plus de loisirs stimulant leurs fonctions cognitives. »

Les résultats de cette étude sont toutefois à confirmer. Les chercheurs vont désormais plancher sur la cohorte Constances qui doit suivre 200 000 personnes de 18 à 70 ans dans la population générale et parmi lesquelles 20 à 25% des individus sont exposés professionnellement à des solvants.