Quand elle devient chronique, la dépression a des effets sur le cerveau. C’est pourquoi, il faut prévenir les rechutes. De fait, selon les résultats d’une étude menée par Philip Gorwood (Unité Inserm 894 « Centre de psychiatrie et neurosciences », Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale- CMME, Centre Hospitalier Sainte-Anne), « la dépression n’est pas un banal coup de cafard et altère les fonctions intellectuelles de manière pérenne si elle n’est pas prise en charge ».

Ses travaux, publiés dans la revue European Neuropsychopharmacology, montrent que les personnes qui ont déjà connu deux épisodes dépressifs ou plus exécutent de manière anormalement lente des tâches cognitives courantes qui requièrent notamment attention, concentration et rapidité.

La dépression est une maladie fréquente qui a touché, touche ou touchera au moins une personne sur dix. Elle se caractérise par une tristesse permanente, une perte d’envie et de plaisir, une altération de l’appétit, du sommeil et de la libido. Son diagnostic correspond à des critères précis établis par des standards internationaux de psychiatrie.

Mais alors que les différentes prises en charge, médicamenteuses et psychothérapeutiques, ont démontré leur efficacité, le risque de rechute reste élevé, même plusieurs années après la rémission.

La maladie s’aggrave avec le temps

Or, ce sont les conséquences de ces rechutes à répétition qui inquiètent les médecins et chercheurs. « S’il est maintenant prouvé qu’il existe un ralentissement psychomoteur chez les personnes déprimées, rien n’indiquait jusqu’alors que cette altération pouvait persister après l’épisode dépressif », souligne l’étude.

Les chercheurs étudié plus de 2000 patients ayant eu 1 à plus de 5 épisodes dépressifs au cours de leur vie. Ils ont mesuré leur rapidité à exécuter un test simple (le TMT : trail making test) qui consiste à relier des cercles numérotés et placés dans le désordre sur une feuille. Le test a été effectué deux fois chez chacun des patients : pendant l’épisode dépressif, puis 6 semaines après, lorsqu’une bonne partie de ces patients était en rémission complète.

Conclusion : juste après une première dépression, le temps nécessaire pour réaliser ce test est de 35 secondes. Mais, pour les personnes qui ont déjà vécu deux, trois, voire plus d’épisodes dépressifs, ce délai passe à 1mn20.

« Ce résultat est le premier à montrer aussi simplement les effets « neurotoxiques » de la dépression. Il conforte également les observations quotidiennes des médecins et les conclusions de précédentes études épidémiologiques, à savoir que la dépression est une maladie qui s’aggrave avec le temps », souligne l’étude. Après le traitement, « prévenir les rechutes s’avère donc essentiel », estiment les chercheurs.