Chaque année, 500 000 personnes suivent une cure thermale
pour traiter lombalgies, arthrose, obésité…
Des études récentes prouvent l’effet bénéfique de ces soins.
Thérèse, quatre-vingt-un ans, vient depuis sept ans à Aix-les-Bains pour soigner son arthrose du dos et des genoux : « Je fais toujours ma cure en novembre, car, après, je passe un bon hiver. J’ai moins mal et plus de souplesse », raconte-t-elle.

Efficaces, les cures thermales ? Les curistes en sont convaincus, l’assurance-maladie moins, qui remet régulièrement en cause leur remboursement, qui représente 0,15 % de son budget. « Les cures ne sont pas des vacances payées par la Sécurité sociale, prévient le Pr Christian-François Roques, président du conseil scientifique de l’Association française pour la recherche thermale (Afreth). Une cure coûte environ 1 500 euros, la Sécu rembourse 500 euros, les curistes payent le reste. C’est un investissement pour des gens qui sont généralement de condition modeste, ils ne le feraient pas si ça n’était pas utile. »

De fait, alors qu’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), paru en 2000, reprochait au thermalisme de n’être ni évalué ni contrôlé, des preuves sérieuses de son intérêt commencent à être apportées.

En 2009, une étude publiée dans la plus importante revue rhumatologique (Annals of the Rheumatic ­Diseases), menée sur 462 patients atteints de gonarthrose (arthrose du genou) et suivant tous le même traitement médicamenteux, a montré que l’amélioration de la douleur et de la mobilité était deux fois plus élevée chez les curistes que chez les non-curistes. L’effet était toujours sensible neuf mois plus tard. ­

Autre ­nouveauté : un essai rendu public en 2008, comparant l’impact de trois semaines de cure (durée des cures remboursées) à celui de la paroxétine (un antidépresseur commercialisé sous les noms Deroxat ou Divarius) chez des patients souffrant de trouble anxieux généralisé, conclut à la supériorité du thermalisme sur le médicament après deux mois de suivi.

Les enseignements d’une vaste étude, Maâthermes, annoncés pour la mi-janvier, vont aussi dans le sens d’une meilleure prise en charge du surpoids et de l’obésité lors d’une cure thermale que par un suivi par le médecin traitant. « Les curistes perdent en moyenne 5 % de leur poids initial, assure le Dr Bruno Frigori, médecin à Brides-les-Bains, une des cinq stations de l’étude. On leur donne d’autres repères, on leur apprend à manger différemment. De plus, tout le monde est pareil à Brides, ça aide. Il y a des gens qui ne se mettent en maillot de bain qu’ici. »

Pour sa part, la Haute Autorité de santé (Has) reconnaît l’effet antalgique des cures dans les cas de lombalgie chronique et recommande la balnéothérapie dans ceux de polyarthrite rhumatoïde. « Les cures ne font pas disparaître l’arthrose, mais les patients ont moins mal et leur qualité de vie est meilleure, souligne le Dr Romain Forestier, rhumatologue à Aix-les-Bains. On estime qu’ils consomment de 20 à 30 % de médicaments anti-inflammatoires ou antidouleur en moins après la cure. »

Dans des cas d’arthrose des mains, des séances de brumisation d’eau thermale chaude ont même eu un effet plus probant, chez les curistes, que l’application d’une pommade à l’ibuprofène trois fois par jour pendant dix-huit jours.

Rien ne prouve que le thermalisme permette de réduire les dépenses de santé ; néanmoins, en Italie, une étude, demandée par le ministère de la Santé sur 6 111 patients arthrosiques ayant suivi une cure deux années de suite, indique que non seulement 59 % d’entre eux vont mieux dans les quatre mois qui ­suivent, mais qu’ils consultent moins leur médecin et prennent moins de médicaments.

On pourrait multiplier les exemples, notamment en rhumatologie, mais également en dermatologie – sur le psoriasis, les grands brûlés ou l’eczéma atopique –, en Orl, ou encore en phlébologie où le thermalisme a démontré un certain nombre d’avantages.

« Les eaux et les boues thermales contiennent des minéraux – soufre, bicarbonate, chlorure de sodium, etc. – qui passent à travers la peau et dont les vertus ont été décrites dans une quinzaine de travaux », affirme le Pr Roques. Mais ce n’est pas la seule explication : « Il est difficile d’isoler un facteur. Si les cures fonctionnent, c’est aussi grâce à la personnalisation des soins, au protocole mis en place, à la prise en charge par les équipes, au dépaysement, au repos, résume le Dr  Forestier. Il y a des curistes arthrosiques qui ne se déplacent que dans un rayon de 350 mètres autour de chez eux. En cure, ils font de l’exercice physique, ils marchent… Tout cela joue. »

Une rupture avec le rythme quotidien, qui passe également par des conseils adaptés, de la prévention… Une sorte d’éducation thérapeutique : « Les gens qui ont mal au dos appréhendent de bouger. Nous leur montrons qu’en faisant les bons gestes ils peuvent se mouvoir normalement, que leur colonne vertébrale est solide », explique le rhumatologue.

Autant de paramètres difficiles à mesurer scientifiquement. « Méthodologiquement, il est plus facile d’évaluer l’efficacité d’un médicament que celui d’une cure, car, chez nous, il ne suffit pas de donner un comprimé à tout le monde, les bienfaits sont multifactoriels et il faudrait qu’on puisse tester beaucoup de patients pour que nos résultats soient indiscutables. Quand on en a 400, on est contents, alors que les laboratoires pharmaceutiques en incluent des milliers dans leurs essais, déclare le Pr Roques. Le thermalisme n’a pas les mêmes moyens financiers, ni les mêmes enjeux. »

Il n’a pas non plus le même attrait : « La médecine thermale est une vraie médecine, mais les universitaires s’en sont détournés, car ce n’est pas prestigieux, déplore le Dr Forestier. Les anciens professeurs de médecine la connaissent, mais pas les jeunes, ils n’y sont pas formés. »

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